Le tribun dirige, avec un très grand soin,
le travail des arpenteurs. La groma,
constituée par quatre fils à plomb, leur permet de faire
des jalonnements à 90° :
- Ils désignent en premier, par un drapeau
blanc, l’emplacement de la tente du légat, le prétoire (praetorium)
autour duquel s’organise le centre administratif et religieux
du bivouac.
- Ils tracent les deux grands axes
perpendiculaires qui en partent et traversent tout le camp. Toutes
les autres rues les recoupent à angle droit. Elles démarquent
des espaces rectangulaires dans lesquels seront installées
les tentes.
- Ils fixent enfin le contour du camp, un vaste
rectangle de 580m sur 290m, et l’emplacement des quatre portes.
Lorsque la légion
arrive, elle trouve son camp bien dessiné,
les répartitions faites et signalées par des fanions
de couleurs différentes.
La moitié de l’infanterie et toute la
cavalerie restent en armes, entre un éventuel ennemi et ceux
qui se transforment en taupes, après 20 à 25 km de marche.
Le soir approche, les légionnaires travaillent
avec leur cuirasse ou leur cotte de mailles :
- Après avoir découpé les
mottes de gazon, les uns creusent un fossé (fossa)
en forme de V de 1,50m de largeur, 1m de profondeur et 1740m de long,
le périmètre du camp!
- D’autres chargent la terre dans des
paniers d‘osier puis la rejettent juste en arrière pour
dresser un rempart (agger).
Ils aplaniront son sommet de façon à y ménager
un chemin de ronde. Ils le protègeront par une palissade (vallum)
de plus de10000 pieux, bien appointés, de 1,50m
de haut.
- Le centurion, avec sa règle de dix
pieds, vérifie la hauteur et l’inclinaison de la
levée de terre. Le reconnaissez vous ? C’est
le barbu revêtu d’une armure à écailles (lorica
squamata), celui qui encourageait ses hommes, à coup
de baton, pendant la marche.
- Enfin, les soldats disposeront les mottes
de gazon sur l’extérieur du talus.
La légion est maintenant à l’abri. Ces
défenses peuvent vous sembler fragiles mais
elles suffisent largement à briser
l’élan d’un adversaire. Entre
le fossé, le rempart et la palissade celui-ci doit franchir
un dénivelé total de plus de 3m. Les mottes de gazon,
juste posées sur le talus ne demandent qu’a glisser
sous les pieds de ceux qui franchiraient le fossé d’un bond
pour escalader le rempart.
Maintenant, il faut
monter et aligner plus de 800 tentes. Un espace
(intervallum) sépare les premières
des fortifications. Ce dégagement les place, en cas d’attaque,
hors de portée des traits de l‘ennemi et
permet toutes les manœuvres.
Des essais, effectués en Grande-Bretagne, montrent
que :
- Un homme peut défricher 33m2 de
terrain en 1 heure.
- Creuser et remuer 0,4 à 0,7m3 de terre
en 1 heure.
Le camp serait ainsi
achevé en moins de trois heures ! Sacré tour de force ! Un
tel exploit, renouvelé chaque soir, implique un recrutement
de qualité, un entraînement poussé à l’extrême :
chaque homme, chaque officier sait parfaitement ce qu’il
doit faire et ce que sa
légion attend de lui.
Vous pouvez découvrir,
dans notre camp, la groma, les outils de terrassement, les pieux….
gravure avec l'aimable autorisation PETER CONNOLLY
texte de RENE CUBAYNES