Legion VIII Augusta
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Bienveunue sur le site de la LEGION VIII AUGUSTA
 
Jounées romaines d'Autun, les 15, 16 et 17 juillet 2011

Le prix des choses

La fin de service

LA FIN DU SERVICE :

Durée du service et espérance de vie du soldat:

Auguste fixa la durée du service en deux temps : d’abord seize ans plus quatre années comme vétéran (en 13 av J.-C.) puis ( en 5-6 après J.-C.) vingt ans assortis d’une période de vétérance de 5 ans qui devient, au moins dans les faits, obligatoire (29). Il allongea ainsi, sans augmentation du stipendium, la « militia » de 9 ans!

Après cette réforme, le soldat romain embrasse le métier des armes pour plus de vingt cinq ans et les vétérans finissent parfois par trouver le temps long

« énumérant les trente années et plus qu’ils portaient les armes… » (Tacite, Annales, I, XXXV)

et par exprimer leur lassitude

« de courber trente ou quarante ans sous le poids du service, des corps usés par l’âge et généralement mutilés par les blessures… » (Tacite, Annales, I, XVIII).

Engagé à 18 ans, un légionnaire flavien sur qui veille « déesse Fortune » quitte sa légion à quarante trois ans ou plus après vingt cinq ou vingt six stipendia (30)

T(itus) Flavius T(iti) f(ilius) / Off(e)ntina(!) /

Peregrinus / Mediolanni(!) / mil(es)

leg(ionis) VIII / Aug(ustae) [|(centuria)] M(arci)

P[ostu]/mi Celerini / vix(it) an(nos)

XXV / stipendio(rum) IIII / f(rater?) h(eres)

f(aciendum) c(uravit)

CIL 13, 05979.

Cette épitaphe, probablement du dernier tiers du Ier siècle, d’époque flavienne donc, concerne un pérégrin de Milan , Titus Flavius fils de Titus Flavius. Légionnaire dans la VIII Augusta, Il servait dans la centurie de Marcus Postumius( ?) Celerinus. Titus mourut à 25 ans, après seulement quatre stipendia !

Le terme de frater pourrait être pris au sens de commilito dans la forme idéale d’une célébration par un compagnon d’armes.

 

C(aius) Val(erius) C(ai) f(ilius) Berta
Men/enia Crispus mil(es)leg(ionis) VIII / Aug(ustae) an(norum)XL stip(endiorum) XXIf(rater) f(aciendum) c(uravit)

CIL 13, 07574

L’épitaphe de Caius Valerius Crispus, fils de Caius, de la tribu Berta , originaire de Macédoine, indique clairement que ce légionnaire de la VIII est décédé à l’age de 40 ans après avoir servi 21 ans. Engagé alors que la VIII était encore à Novae (Mésie) Caius serait tombé au combat dans la guerre contre les Chattes, vers 90. Comme dans le cas précédent, le mot frater pourrait être pris au sens de commilito dans la forme idéale d’une célébration par un compagnon d’armes.

Seules les données épigraphiques permettent, comme sur ces deux  stèles d’époque flavienne de connaître l’age au décès et donc d’estimer l’espérance de vie de ces soldats.

Celle-ci ne peut être déterminée avec certitude  en raison de la pauvreté des sources éparpillées sur une longue période de plusieurs siècles (31). Pourtant, en étudiant les épitaphes de la région du Danube, A.R. Burns (32) constate une mortalité plus prononcée chez les militaires que chez les civils avant l’age de trente ans (pertes au combat et « accidents du travail »). Les décès sont plus nombreux entre la septième et la quinzième année de service, soit entre 27 et 35 ans, terme avant lequel aurait pu disparaître 50% des recrues d’un même contingent.

Dans ce cas un soldat sur deux n’arriverait pas à la retraite (31),(32). L’Etat ne tiendrait  alors que la moitié de ses promesses et trouverait , tout naturellement, son intérêt  à maintenir ses vétérans le plus longtemps possible sous les Aigles :

« Il accorda très peu de congés aux vétérans, espérant que la vieillesse amènerait la mort, et que la mort lui profiterait. » ( Suétone, Tibère, 48, 5)

Quant aux centurions des armées du Rhin (31), un tout petit nombre de stèles funéraires (moins d’une dizaine)  d’époque flavienne nous donne un age au décès compris entre 53 et 84 ans ( le centurionat conserverait-il son homme?).

W. Scheidel (33), estime que ce sont 40% des soldats d’un même contingent qui ne survivraient pas aux vint-cinq années de service. La mortalité et les mises en congé imposeraient, d’après lui, la levée d’au moins 280  à 360 nouvelles recrues par an pour chaque légion

 
Les commoda (30) , les primes et la terre :

Le « vétéran » retrouve son petit capital épargne, plafonné à 250 deniers, et peut espérer bénéficier des « commoda » (34) sous forme   d’une prime de démobilisation ou d’une dotation en terre substituée à celle-ci.  Il peut être déduit (installé) dans une colonie ou, tout simplement, finir sa vie à proximité de son ancien camp.

Praemia militiae , la prime de démobilisation:

Auguste  (encore lui !) avait chiffré  la prime de retraite (35)  à douze mille sesterces ou trois mille deniers (soit tout de même douze années de la solde de base pour un légionnaire flavien!).

Pour financer ces primes de démobilisation, Il créa ( en 6 après J.-C.) l’aerarium militare , le « Trésor militaire », et l’approvisionnait  par de nouveaux impôts tels le «Vingtième », une taxe de 5% sur les héritages (36) et le « Centième », une taxe de 1% sur toutes les ventes (37), apparemment peu appréciée puisque

 « le peuple  demandait la suppression de l’impôt du centième établi sur les ventes après les guerres civiles. Tibère déclara par un édit que ce revenu était la seule ressource du trésor militaire et que même la république succomberait si la vétérance n’était reculée jusqu’à la vingtième année de service » (Tacite, Annales, I, LXXVIII).

L’octroi de cette  prime n’est en rien automatique : le futur retraité doit recevoir son « honesta missio », son congé honorable, et demander ses praemia (38). Il  fait alors l’objet d’une simple enquête menée auprès de ses camarades (jusqu’en 73-74) ou d’un examen diligenté par des employés de l’administration (après 73-74).

La récompense promise aux vétérans peut être un excellent moyen de pression quand le besoin en hommes se fait sentir, ainsi Vitellius opère un dilectus à Rome en promettant  (39) aux volontaires :

«  non seulement le congé en cas de victoire mais encore les récompenses accordées aux vétérans pour un service complet » (Suétone, Vitellius, 15)

Les vétérans et le problème de la terre:

A  la fin de la République, la pratique des assignations de terres à des colons militaires était rentrée dans les mœurs. Lorsqu’il allonge la durée de service à vingt cinq ans, Auguste bouleverse la vie des légionnaires.

La retraite bénéficie désormais, quand ils y arrivent, à des hommes de 40 à 45 ans. Avec l’espérance de vie du premier siècle, ces vétérans savent parfaitement que leur vie active est derrière eux. Beaucoup craignent le retour à la terre et ne se voient pas commencer une deuxième existence en tant que fermiers. Lors des mutineries de 14, en Pannonie, les vétérans de la VIII expriment leurs craintes de recevoir :

«  dans des régions lointaines [ à Emona ? ] … la fange des marais ou les parties en friches des montagnes » (Tacite, Annales, I,  XVII,3).

Préfèreraient-ils un capital à investir à leur convenance plus qu’une terre qui resterait leur seul bien et dont l’emplacement serait choisi par l’Etat ? (4).  Beaucoup souhaitent simplement s’installer   prés de leur ancien camp dans leur contrée d’adoption.

Deux inscriptions démontrent que les Flaviens poursuivent la politique de  fondations coloniales et les assignations de terres.

L’épitaphe de Caius Iulius Longinus (22), originaire de Philippe , en Macédoine, est sans ambiguïté avec la formule« deductus ab divo Augusto Vespasiano ». Vespasien déduit dans sa ville natale, Réate, des vétérans de sa VIII Augusta.

Ce vétéran de la VIII aurait affranchi son esclave Helpis et l’aurait épousé. Elle prend alors le nom de son mari et devient Julia Caia.

« Dis Manibus C. Iulio C.f. Longino domo Voltinia Philippis Macedonia veteranus leg. VIII Aug. deductus ab divo Augusto Vespasiano Quiri. Reate se vivo fecit sibi et Iulae C. libert. Helpidi coniugi suae et C. Iulo C. libert. Felici et (lib.) posterisque suis fec. et C.Iulo C.l. Decembro et Iulae C.l . Veneriae et C.Iulio C.l Prosdoxo »

( ILS, 2460)

Aux mannes de Caius Lucius Longinus, fils de Caius de la tribu Voltinia de Philippe en Macédoine, vétéran de VIIIème légion Augusta, déduit par le divin Vespasien a Réate. Il a fait ceci de son vivant pour lui et pour Julia Caia Helpis, son affranchie et épouse et pour Caius Iulius Felix, affranchi de Caius,  et  il l’a aussi fait pour ses enfants et sa postérité et pour Caius Iulius December, affranchi de Caius et pour Julia Veneria, affranchie de Caius et pour Caius Iulius Prodoxus, affranchi de Caius.

Une tablette de bronze, informe les consuls de l’année 82 , Domitien et Titus Flavius Sabinus, que les vétérans de la VIII déduits à Deultum (Thrace) choisissent comme patron un de leurs anciens légats de Mirebeau sur Bèze, Titus Aviedus Quietus (voir : Le commandement de la VIII). Ce personnage très influent, dont ils ont gardé apparemment bon souvenir,  doit jouer le rôle d’intermédiaire entre  leur colonie et les administrations provinciale et centrale.

Im(peratore) Domitiano [ Aug(usto) VIII]

T(ito) Flavio Sabi[no co(n)s(sulibus)]

Idibus Iu[?]

in colonia Flavia Pacis Deultensium in [curia?]

talca et C(aius) Occeius Niger IIviri verba fec[cerunt] [Avi]

dio Quieto  leg(ato) Aug(usti) ornatissimo viro [deferendum patrocinium]

coloniae nostrae esse q(uid) d(e) e(a) r(e) f(ieri) [p(laceret) d(e) e(a) r(e) i(ta) c(ensuerunt)]

cum militaverimus in leg(ione) VIII Aug(usta) et poti[ti honesta missione]

a sacratissimo imp(eratore) in coloniam Deultum [deducti simus ei quod non] 

dum alicui secondum summam human[itatem dandum esse ut]

[velit] pat[rocinium] succipere coloniae n[ostrae tabulamque de]

[ea re con]scriptum in domu sua poni per[mittere ut sic colo]

[niae nostrae] humanitate sua increment[um addat quippe]

[cui omnia singula] que eius nota sint

[scri] bendo adfuerunt

[  ] Modestus C(aius) Sentilius Clemens

[  ]us Valentinus

[  ]ius Sentilius Cl(laudius) E[

Inscription restituée d’après le CIL

CIL 06, 03828 =CIL 06,31692 = AE 1950, 0004

A l’empereur Domitien, Auguste pour la huitième fois et à Titus Flavius Sabinus consuls (donc en 82).Lors des ides de ju.

 [ 15 juin ou 15 juillet ?]

les duovirs …[ ?](alca et Caius Occeius Niger réunis dans la Curie de la colonie flavienne de Deultum ont tenu ces propos :

D’un commun accord, ils demandent à Titus Aviedus Quietus, légat de l’empereur et homme très illustre, d’accorder sa protection à notre colonie.

Nous avons servi sous ses ordres dans la Legio VIII Augusta et avons reçu notre congé honorable puis avons été déduits par Vespasien (?) dans la colonie de Deultum.

Nous lui envoyons une pétition afin qu’il accepte, dans sa grande bienveillance, de défendre notre colonie et que soit placée dans sa maison la tablette faisant mention de notre démarche afin que nul n’ignore ces faits et que notre colonie en soit honorée.

Assistaient à la rédaction de cet acte :

Modestus Caius Sentilius Clemens,

[ ?]us Valentinus

[ ?] ius Sentilius Claudius

E[ ?]

Nous ne connaissons aucun document  attestant l’achat de terres par l’aerarium militaire en vue  d’une déduction coloniale (23) et donc nous ne savons pas comment a été financée l’installation des vétérans de la VIII, tant à Réate qu’à Deultum.

Ont- ils accepté de convertir leur prime de démobilisation en terres ? Le vétéran de Philippe, maintenant installé à Réate, loin de sa ville natale, a-t-il profité d’un lot appartenant aux flaviens et généreusement distribué par Vespasien ?  Ce dernier est ainsi sûr de disposer de vieux soldats expérimentés dont la plupart conservent leur panoplie à deux ou trois jours de marche, au nord de Rome (on n’est jamais trop prudent !).

R.C.

 

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