Legion VIII Augusta

SPQR: Senatus Populusque Romanus
Bienveunue sur le site de la LEGION VIII AUGUSTA

Le prix des choses

Revenus et pouvoir d'achat du légionnaire flavien
Les revenus du soldat
 Le pouvoir d'achat du soldat flavien
La fin de service
Conclusions
Notes

LES REVENUS DU SOLDAT :

Le stipendium (3), la solde, représente l’essentiel de la fortune du légionnaire flavien. D’autres sources de revenu, occasionnelles, la complètent : indemnités, donativa accordés lors d’un  avènement ou d’un triomphe, parts de butin… 

La solde de base : 250 puis 300 deniers. 

Le soldat romain compte au nombre des rares salariés de l’Antiquité. Il  reçoit sa paye annuelle en trois stipendia (versements) les 1er janvier, 1er mai et  1er septembre.  Un seul texte, de Tacite, nous permet d’estimer son montant au début du premier Ier après J.-C. : A la mort d’Auguste  les mutins de Pannonie (cf. Révolte en Pannonie) se plaignent de la maigreur de leur solde :

« Dix as par jour, voilà le prix qu’on estimait leur âme et leur corps » ( Tacite, Annales, 1, 17, 4)

 Les soldats reçoivent donc 225 deniers par an et, malgré leur révolte, il n’est à aucun moment question pour Tibère de satisfaire cette revendication (4).

Soixante dix ans plus tard, après ses victoires en Germanie, sur les Chattes, Domitien accorde aux

 « soldats un quatrième terme de paiement en trois pièces d’or ». ( Suétone, Domitien, 7, 5) 

Ce « quartum stipendium » (5) de trois pièces d’or ou 75 deniers (un aureus vaut 25 deniers) porte la solde annuelle à 300 deniers, à partir de 83 ou 84 (6).

Dion Cassius rapporte des chiffres semblables :

«  Il a augmenté le salaire des soldats, peut-être à cause de cette victoire, commandant que 400 sesterces devraient être donnés à chaque homme, au lieu de 300 qu’il avait reçus » ( Dion Cassius, 47, 3,5).

Si les deux auteurs s’accordent sur le chiffre de l’augmentation, 75 deniers, ils divergent sur ses modalités: d’après Suétone, elle consiste en un quatrième versement, alors que d’après Dion Cassius trois  termes de 400 sesterces (ou 100 deniers) remplacent ceux de 300 sesterces (ou 75 deniers).

 Le « stipendium domitiani » n’aurait donc pas perduré. Il venait, dans un premier temps, en complément de la solde annuelle puis, dans un deuxième temps, il fut intégré aux trois stipendia, l’armée romaine reprenant sa routine.

Ces rares données ne doivent pas faire illusion : les textes latins contredisent l’image d’un légionnaire à solde unique. Ils mentionnent des sesquiplicarius (une solde et demi) des duplicarius (double solde), des triplicarius (triple solde) (7)…Ils font soupçonner l’existence de toute une hiérarchie basée probablement sur l’ancienneté, les rengagements volontaires,  la valeur militaire, le degré de spécialisation et la fonction, de bonnes relations avec les centurions…(ça aide parfois !).

De même, cavaliers légionnaires ou cavaliers auxiliaires, fantassins auxiliaires ou matelots ne perçoivent pas les mêmes émoluments. Les Prétoriens sont, bien sûr, les plus choyés.

Le tableau suivant propose une estimation des salaires dans le monde de la Légion (6), (8) :

 

Salaires annuels exprimés en deniers
(1 denier =  4 sesterces =  16 as)

 

D’Auguste à Domitien

avant 84

De Domitien à Septime Sévère

de 84 à 197

 

Speidel (6)

Le Bohec (8)

Speidel

Le Bohec

Miles legionis Legionnaire

225

225

300

300

Sesquiplicarius

337,5

 

462,5

 

Duplicarius

450

 

600

 

Centurion

3375

3750

4500

5000

Centurion

Primus ordo

6750

7500

9000

10000

Centurion

Primus pilus

13500

15000

18000

25000

L’échelle des salaires varie de un à soixante ou de un à quatre vingt selon les estimations. Le tiro (la recrue) et le primipile n’appartiennent donc pas  au même monde !

La progression de la solde, sous Domitien, touche tous les échelons et pratiquement dans les mêmes proportions : un peu plus de 33,3% pour le « miles legionis », le centurion ou le primipile.

Elle représente autour de quatre années de la solde de base pour un centurion,  quinze à trente - trois ans de cette même solde pour un primipile ! Pas le même monde, disions-nous!

 
Des indemnités à réclamer :

Les textes littéraires évoquent d’autres sources de revenus. Le soldat peut bénéficier d’indemnités, comme le clavarium, une allocation pour renouveler les clous de ses caligae. Après leur victoire de Crémone, les troupes du parti flavien, engagées dans de longues marches, ne se gênent pas pour la réclamer :

« De plus on était dans un pays ruiné par la guerre  et la disette jointe aux cris séditieux des soldats qui demandaient le clavarium , c’est une sorte de gratification »  (Tacite, Histoires, 3, 50)

Demander une indemnité à ses généraux est une chose, la solliciter auprès de l’Empereur lui-même, surtout s’il s’appelle Vespasien, en est une autre :

«  Les matelots qui vont, tour à tour, à pied d’Ostie  et de Pouzzoles à Rome lui demandèrent une indemnité pour les chaussures .Il les renvoya sans réponse. Il fit plus, Il leur ordonna d’aller désormais pieds nus, et, depuis ce temps, ils vont ainsi » (Suétone, Vespasien, 8, 5)

 
Des gratifications particulières s’ajoutent à la solde. Donativa et liberalitates marquent les événements « heureux » tels l’avènement d’un César ou un triomphe mais restent des compléments occasionnels. 

À Rome, le pouvoir monarchique se légitime par la victoire militaire. Avec la mort de Néron, chaque prétendant au titre suprême comprend que, dans leurs camp, loin de Rome, les légions font et défont les empereurs (9). Chaque candidat à l’empire tente donc de sceller son avènement par des promesses, souvent non tenues, ou par l’octroi d’une gratification, notamment aux prétoriens.

Pour avoir refusé le donativum aux prétoriens (Tacite, Histoires, I, V) et ne pas tenir les promesses faites, Galba perd le pouvoir et la vie :

« Avant son arrivée, les chefs, en jurant de lui obéir, avaient promis une gratification plus forte qu'à l'ordinaire. Galba ne ratifia point cette promesse, et dit tout haut plusieurs fois qu'il avait coutume de lever les soldats et non de les acheter. » (Suétone, Galba,  16,2)

Les légions de Germanie n’apprécient guère ces déclarations :

« privées des récompenses qu’elles attendaient de leurs services contre les Gaulois et contre Vindex. Elles osèrent donc les premières rompre tout lien d’obéissance . En même temps, elles arrêtèrent qu'on dépêcherait aux prétoriens pour leur dire qu'elles étaient mécontentes de l'empereur élu en Espagne, et les charger d'en choisir un qui eût le suffrage de toutes les armées. »  (Suétone, Galba, 16, 4 et 5)

et elles offrent l’Empire à Vitellius.

Quelques temps plus tard, Vespasien semble faire preuve d’une générosité mesurée avec sa légendaire « âpreté au gain qui, selon les circonstances, s’apparente à une avarice sordide ou est au service du bien de l’Etat » (10)

« Il n’offrit pas plus pour la guerre civile que d’autres en pleine paix : ennemi sagement inflexible de ces largesses qui corrompent le soldat et par cela même mieux obéi de son armée. » (Tacite, Histoires, 2, 82)  

Formule flatteuse, mais bien vague, hélas !  Qui ne nous renseigne pas sur l’importance de ses « largesses ».

Les triomphes sont l’occasion de liberalitates . Lors de leur vingt- huit ans de règne (69-96) les Flaviens en organisent deux :

                  -  En juin 71, Vespasien et Titus, accompagnés de Domitien, célèbrent la victoire de Rome sur les Juifs. Flavius Josèphe appartient à l’entourage immédiat des Flaviens et nous décrit par le menu une somptueuse parade au terme de laquelle Vespasien

 « envoya les soldats au repas que les empereurs ont coutume de leur faire préparer » ( Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, VII).

Mais Josèphe ne mentionne aucun donativum. Il est vrai que, après la prise de Jérusalem, tous les soldats des légions de Titus  regorgeaient de butin (11). Quant aux légionnaires de la VIII, ils avaient pillé Crémone pendant quatre jours.

                  -  Nous n’en savons pas plus sur les  libéralités  de Domitien qui, en 89,

«  Après divers combat contre les Chattes et les Daces l’empereur célébra un double triomphe »  (Suétone, Domitien, VI, 2).

 
Le Butin,  « PRAEDA !! »  :

Voila bien la plus lucrative mais la plus dangereuse, temps de guerre oblige, des rentrées exceptionnelles.

Des intérêts contradictoires opposent soldats et état-major : la « deditio in fidem », la capitulation,  reste le seul moyen, pour une cité, d’éviter la  mise à sac. Chaque général espère ainsi que sa clémence suscitera de nouvelles redditions économes en temps et en hommes. Le soldat de base, lui, pense tout autrement : il rêve au produit d’un bon pillage.

Concilier ces deux points de vue relève souvent du grand art (militaire, bien sur !). Parvenues devant Crémone, pourtant solidement fortifiée par les légions de Germanie, les troupes flaviennes, dont la VIII, expriment haut et fort leurs craintes de voir leur échapper la part de butin qu’elles convoitent :

«  Si on attendait la lumière, ce serait l’heure de la paix, des prières, et qu’ils n’emporteraient d’autre prix de leur sang et de leurs travaux qu’un vain renom de clémence et de gloire tandis que les richesses de Crémone passeraient aux mains des préfets et lieutenants : Quand une ville est prise de force, le butin appartient aux soldats ; rendue il est aux chefs. Déjà ils méconnaissent centurions et tribuns, et, pour que nulle voix ne puisse être entendue, ils frappent sur leurs boucliers, tout prêts à braver le commandement si on ne les mène à l'assaut.» (Tacite, Histoires, 3, 19)

Ce butin peut revêtir une importance extraordinaire et Titus, après la prise de Jérusalem (septembre 70), n’hésite pas à combler ses soldats :

“Il [Titus] ordonna à ceux qu’il avait préposés à cette tache de nommer tous les soldats qui s’étaient distingués par des actions d’éclat dans cette guerre. Il les appelait successivement lui-même par leurs noms, et, quand il les voyait s’avancer, les louait comme si c’étaient ses propres exploits dont il était fier. Il mettait autour de leur tête des couronnes d’or, leur donnait des colliers d’or, de petits javelots d’or, des enseignes en argent [ phalères ?]; chacun d’eux était élevé à un rang supérieur.….Il leur distribuait en abondance de l’argent de l’or, des vêtements et autres objets, puisés dans la masse du butin. » ( Flavius Josèphe, Guerre des juifs, VII , 3)

Le légionnaire dont la valeur militaire est reconnue par ses officiers s’ enrichit de façon immédiate  et conséquente. Il progresse aussi dans la hiérarchie de l’armée et nous  pouvons imaginer des accès au statut d’immunis (dispensé de corvées) ou de principalis dont le sesquiplicarius constitue le premier échelon.

 
Des avantages fiscaux non négligeables:

Les soldats et vétérans bénéficient d’exonérations fiscales et sont dispensés du tribu  (tributum capiti ou capitation) et de toute charge personnelle ou publique (munera publica) (12).

Néron confirme ces privilèges mais souligne que :

« les soldats conservaient leur immunité excepté pour les objets dont ils feraient le trafic » (Tacite , Annales, 51,3)

Domitien les dispense du portorium (droits de douane) et du vestigial (impôts fonciers). Ce privilège s’étend à leurs compagnes ou femmes, à leurs enfants et à leurs parents (13).

R.C.

 

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