Legion VIII Augusta

SPQR: Senatus Populusque Romanus
Bienveunue sur le site de la LEGION VIII AUGUSTA

La VIII, de César aux Flaviens.

La VIII dans la Guerre des Gaules
(58-51 avant J.-C.)
La VIII dans les Guerres civiles
(49-31 avant J.-C.)
Soulèvement dans les Balkans
( 6-9 après J.-C.)
Révolte en Pannonie
(14 après J.-C.)
Guerres dans le Bosphore
( 44-62 après J.-C.)
De la Mésie à Argentorate
(68-90 après J.-C.)

De la Mésie à Argentorate (68-90 après J.-C.)

En 68, la rébellion de Vindex et la mort de Néron inaugurent une période de guerres civiles pendant laquelle, successivement, Galba et Othon, puis Othon et Vitellius, et enfin Vitellius et Vespasien se disputent l’Empire.
Toute une succession d’évènements amène alors la Legio VIII Augusta à quitter son camp de Novae pour s’installer à Mirebeau-sur-Bèze, au nord-est de Dijon, puis à Argentorate, l’actuelle Strasbourg.

• 68 : l’année charnière.

En mars 68, Julius Vindex, gouverneur de la Lyonnaise, se révolte et recherche un « César » capable d’arracher Rome à Néron. A l’age de 70 ans, Servius Galba, gouverneur de l’Espagne tarragonnaise, se sent investi d’une telle mission et s’autoproclame Empereur le 3 avril 68, à Carthagène.
Vindex ne dispose alors que de milices mais bénéficie de l’appui des Eduéns, des Arvernes et des Séquanes…Peu de choses devant les légions de Rhénanie commandées par Lucius Verginius Rufus et leurs alliés Trévires et Lingons. Rufus écrase les mutins au mois de mai 68, à Vesontio (Besançon) mais refuse l’Empire que lui proposent ses légions et décline les offres de Galba.
Galba, quant à lui, ne peut aligner qu’une seule légion mais ses agents gagnent à sa cause Nymphidius Sabinus, commandant de la garde prétorienne. Néron, renversé et déclaré ennemi public par le Sénat, le 8 juin, se suicide dès le lendemain. Galba devient officiellement Servius Galba Imperator Caesar Augustus.
En décembre 68, il nomme (mauvaise. pioche !) Aulus Vitellius commandant de l’armée inférieure de Germanie et…

• 69 : l’année des quatre empereurs.

….les Légions de Germanie refusent de lui renouveler leur serment d’allégeance du 1er au 3 janvier 69 ! Toutes se déclarent en faveur de Vitellius. La Bretagne, la Rhétie, les Trévires et les Lingons se rangent à leurs côtés. L’armée de Vitellius se met en marche vers le Sud. Elle dévaste Metz, rançonne Vienne, pille, brûle et détruit tout sur son passage.
Vitellius contre Galba ? Non ! À Rome, Marcus Salvius Othon n’accepte pas l’adoption de Pison par Galba et sa désignation comme successeur. Lui, Othon, gouverneur de Lusitanie sous Néron, ne fut-il pas l’un des premiers soutiens de Galba ? Il s’empare du pouvoir : le 15 janvier, Galba meurt assassiné par Camurius, un soldat de la XV , sur le Forum même, tout à coté du Lacus Curtius. Vitellius devra donc affronter Marcus Otho Caesar Augustus.
Tandis que Vitellius s’installe à Lyon, deux de ses généraux, Valens et Caecina rassemblent leurs légions à Crémone. De son coté, Othon occupe une solide position défensive à Bedriacum (Piadena), au nord du Pô. Il attend l’arrivée des légions du Rhin. Il sait que les légions d’Illyrie et de Mésie viennent le renforcer. Elles lui sont profondément attachées (20) depuis leurs exploits, en plein hiver 68-69 : neuf mille cataphractes rhoxolans, appartenant à un peuple sarmate, déferlaient alors sur la Mésie inférieure. La neige, lourde et profonde, et la boue, favorisèrent l’infanterie romaine face à cette cavalerie lourde, lui offrant la victoire. Apprenant ce fait d’arme, Rome accorda la gloire d’une statue triomphale à Marcus Aponius Saturninus, légat consulaire de Mésie. Quant à Numisius Lupus, Aurelius Fulvius, et Tettius Julianus, légats respectivement de la VIII Augusta, de la III Gallica et de la VII Claudiana , ils reçurent le honneurs consulaires.
Mais ces légions sont encore loin lorsque Caecina et Valens entament la construction d’un pont sur le fleuve. Othon ne peut laisser faire : cela ouvrirait la route de Rome. Il envoie donc le gros de ses troupes vers l’Ouest, en direction de Crémone, le long de la voie Postumia et prend position à Brixellum. Las, son plan échoue, Caecina et Valens lui infligent une lourde défaite le 14 avril, et les restes de son armée concluent un accord avec les vainqueurs. Othon se suicide le 16 avril et Vitellius devient Aulus Vitellius Germanicus Imperator Augustus, le troisième empereur de l’année.
Les vexillations des légions d’Illyrie -la III- et de Mésie -la VII et la VIII- arrivent trop tard pour soutenir Othon. Elles malmènent ceux qui leur annoncent le désastre, lacèrent les enseignes de Vitellius, pillent la caisse militaire et se partagent ce butin (21).

A l’autre bout de la Méditerrannée, en Judée, un vieux général de soixante ans, Vespasien, se voit proclamé empereur par les légions d’Orient, au mois de juillet 69. Les légions de Mésie se rallient d’autant plus vite à ce nouveau candidat qu’elles avaient soutenu Othon contre Vitellius. Poetovio, le camp de la XIII Gemina, devient le quartier général du parti flavien.
Nommé légat de la VII par Galba (22) et farouche soutien d’Othon, Antonius Primus(23) devient le plus ardent partisan d’une action immédiate. Ce Toulousain à la voix tonnante a du feux dans les yeux (24) Son éloquence, son art d’électriser aussi bien les officiers que les centurions et les simples soldats décident les plus réticents :

« Bientôt vous apprendrez que l’Italie est ouverte et la fortune de Vitellius ébranlée. Vous aurez du plaisir à me suivre et à marcher sur les traces du vainqueur ! » (Tacite, Histoires, III, 2)

Le conseil de guerre prend, à la mi-août 69, deux décisions capitales : Antonius Primus marchera sur l’Italie avec sa VII Galbiana et la XIII Gemina commandée par le légat Vedius Aquila. Aponius Saturninus devra amener promptement ses trois légions de Mésie, la III Gallica, la VII Claudiana et la VIII Augusta.

Antonius envahit l’Italie, occupe Aquilée à la fin du mois d’août, prend Padoue le 3 septembre, et décide de fortifier Vérone. L’arrivée de la VII Claudiana commandée par le Tribun Vipstanus Messala, de la VIII aux ordres du légat Numisius Lupus et de la III Gallica menée par le légat C.Dillius Aponianus, précipite les évènements.
Fort de ces cinq légions, Antonius Primus quitte Vérone. Il suit la via Postumia puis masse son armée à… Bedriacum, pratiquement sur les positions occupées par Othon, sept mois plus tôt.

L’armée de Vitellius approche. Après une marche forcée de trente miles (soit 45 km.), sans prendre de repos, elle se prépare à l’attaque le 24 octobre : quatre légions, sept vexillations des légions de Bretagne et du Rhin se rangent de part et d’autre de la via Postumia :
La IV Macedonica forme l’aile droite.
Les V Alaudae, XV Primigenia, avec les vexillations de la II Augusta, de la IX Hispana et de la XX Valeria Victrix (les trois légions de Bretagne) constituent le centre.
Les I Germanica, XVI Gallica et la XXII Primigenia tiennent l’aile gauche.
Les hommes de la I Italica et de la XXI Rapax se mêlent aux autres tandis que cavaliers et auxiliaires se placent comme bon leur semble.

Antonius Primus n’a plus le choix et dispose, lui-aussi, ses troupes des deux cotés de la voie :
La III Gallica sur la chaussée même.
La VII Claudiana, couverte sur son front par un fossé rustique et la VII Galbiana, en rase campagne, à gauche.
La VIII Augusta, à découvert, le long d’un sentier de traverse, puis la XIII Gemina protégée par un rideau d’arbres et un corps de prétoriens, à droite.
Les auxiliaires couvrent les ailes, la cavalerie protège les flancs et les arrières. Les princes suèves, Sidon et Italicus, placent l’élite de leurs sujets aux premiers rangs des légions.

Commencée à la troisième heure de la nuit (21 heures donc), la bataille se poursuit jusqu’au matin :

« diverse, incertaine, affreuse, fatale tantôt aux uns tantôt aux autre… » (Tacite, Histoires, III, 22)

Dans la mêlée il devient vite difficile et parfois impossible de reconnaître l’ami de l’ennemi : les mêmes armes, des mots de passe demandés mille fois et connus de tous, des enseignes prises et reprises, emportées d’un coté puis de l’autre…
Sur la gauche, la VII Galbiana souffre : six de ses meilleurs centurions tombent, quelques étendards sont pris ! Atilius Verus, centurion primipile, sauve l’Aigle au prix de sa vie.
Les Vitelliens massent maintenant leurs machines de guerre sur la chaussée de la via Postumia. Sur ce terrain, libre et découvert, leurs traits deviennent beaucoup plus meurtriers. Dans cette véritable batterie d’artillerie, une formidable baliste de la XV écrase d’énormes pierres les lignes flaviennes. Deux légionnaires « osent un exploit éclatant » (Tacite, Histoires, III, 23) : ils arrachent deux boucliers de la XV à un monceau de cadavres, se faufilent dans la ligne ennemie, coupent les cordes et courroies de la machine et tombent percés de coups.
La lune se lève dans le dos des Flaviens, allongeant leurs ombres, mais éclairant bien l’adversaire : les tirs vitelliens deviennent imprécis alors que les scorpions d’Antonius ajustent leurs salves.
L’aube pointe enfin et la III Gallica, ancienne légion d’Orient, salue le soleil, à son habitude, d’une immense clameur…Pourquoi ce grand cri ? La III saluerait-elle l’arrivée des renforts ? Le bruit se répand vite : Mucien est là ! Galvanisés, les Flaviens chargent avec une audace toute nouvelle. Les lignes vitelliennes ploient, offrent des vides, se disloquent, refluent vers leur camp et s’y retranchent solidement…
Antonius les poursuit, donne les ordres, répartit la tâche de ses légions. Les VIII et VII Claudiana attaquent la partie droite du retranchement, la XIII Gemina fonce vers la porte de Brescia. Le camp résiste, Antonius dirige lui-même une puissante colonne d’assaut : la III Gallica et la VII Galbiana soutenues par l’élite des auxiliaires. Formée en coins, la VII pénètre une brèche tandis que la III brise une porte à coup de haches. Caius Volusius, légionnaire de la III Gallica, parvient le premier au sommet du rempart, culbute ceux qui résistent encore et s’écrie :

« le camp est pris ! Le camp est pris ! » (Tacite, Histoires, III,XXIX.)


Quant à Crémone, elle ne peut se défendre. Quatre jours durant, les vainqueurs ravagent la cité, pillent, brûlent, commettent toutes les horreurs.
L’armée de Vespasien marche sur Fanum Fortunae, le 20 novembre et sur Narnia , le 17 décembre. Elle atteint enfin Rome, où Vitellius meurt assassiné sur le Forum, le 20 décembre. Dès lors, l’Imperator Caesar Vespasianus Augustus, quatrième empereur de l’année, jadis compagnon officiel de Néron, disgracié puis nommé par lui gouverneur de Judée, reste seul maître de l’Empire. Pour récompenser les légionnaires de la VIII, Vespasien leur accorde des dons de terres en Thrace, à Deultum, où une colonie est créée.
Victorieuses ou vaincues, les légions regagnent leurs quartiers d’hiver. La VIII Augusta s’installe à Burnum, en Dalmatie. Elle n’y reste guère en repos et, rapidement, elle est appelée à participer au règlement de troubles d’un autre genre.


• La révolte batave

De mars 68 à l’hiver 69-70, la marche des légions du Rhin vers l’Italie dégarnit progressivement la frontière rhénane et la prive de tout commandement stable. Après vingt-deux ans de service, Julius Civilis, batave de sang royal, commande alors une cohorte d’auxiliaires germains dans l’armée de Vitellius. Manipulé par le parti flavien, Civilis entraîne ses auxiliaires puis les Bataves, les Lingons et les Trévires dans un soulèvement : Vitellius ne recevra aucun secours de Germanie.
Malgré la défaite puis la mort de Vitellius, les troubles s’accentuent et se généralisent à tout le Nord-Est de la Gaule. Les insurgés remportent des succès, fondent un empire gaulois indépendant au début de l’année 70, et des légions rallient leur cause !
Réunis à Reims, les Gaulois se divisent : Les Tongres, les Nerviens, Les Trévires de Julius Tutor et Julius Classicus, les Lingons de Julius Sabinus choisissent de poursuivre leurs rêves d’indépendance aux cotés des Bataves de Julius Civilis. La majorité des Gaulois décide néanmoins de rester fidèle à Rome, sonnant le glas de la double insurrection batave et gauloise.

• La reprise en main.

Vespasien séjourne alors à Alexandrie où il attend la chute de Jérusalem, assiégée par Titus, son fils aîné. A Rome, ce sont donc Domitien, son fils cadet, et surtout Mucien qui exercent le pouvoir et dirigent les opérations.
Mucien doit reprendre le contrôle de la frontière rhénane, une région stratégique par où transite une part notable des échanges entre la Germanie et la Bretagne. Il faut aussi rassurer les alliés traditionnels de Rome, Éduens et Séquanes, face à leurs « ennemis intimes », Lingons et Trévires.
Il prend les mesures nécessaires (25) : huit légions convergent sur la Gaule et la Germanie. Celles d’Italie, la II Adjutrix, la VIII Augusta, la XI Claudia et la XXI Rapax traversent les Alpes. Celles d’Espagne, la I Adjutrix, la VI Victrix et la X Gemina ou de Bretagne, la XIV Gemina, marchent directement vers le théâtre des opérations. Plus de cinquante mille légionnaires sans compter les auxiliaires et la cavalerie -soit vraisemblablement près de quatre-vingts à quatre-vingt-cinq mille hommes- partent rétablir la Pax romana sous la férule de deux bons généraux.
Annius Gallus dispose des I, VIII et XI pour réduire les Lingons et pacifier la Haute- Germanie. Quintus Petilius Cerialis conduit les, II, VI, X, XIV et XXI contre les Trévires et à la poursuite de Civilis.
Petilius Cerialis associe pacification et amnisties. Sa politique, un mélange de fermeté et de conciliation, fait tomber les dernières résistances au début de l’hiver 70. Il relève ou dissout les troupes infidèles, disperse les auxiliaires germains, remplace leurs chefs par des officiers romains, et fait reconstruire les camps…

• Le camp de Mirebeau. plan du camp porte du camp

 

Trévires et Lingons taillés en pièces, La Legio VIII Augusta s’installe à Mirebeau-sur-Bèze à 25 km. à l’est de Dijon (26). Implanté en rase campagne, au bord de la Bèze, sur une terrasse en légère déclivité, son camp contrôle les frontières de trois cités gauloises : celle des Lingons, sur le plateau de Langres, celle des Eduéns, à l’ouest de la Saône, et celle des Séquanes, à l’est.
Un fossé, un rempart de terre taluté de gazon et surélevé par une palissade de pieux, des tours de bois défendent un premier camp où les hommes dorment dans leurs papilio… Très vite, la légion remplace ses premières installations par une forteresse en dur qui présente la forme classique d’un rectangle (580x290m) aux angles arrondis et couvre une superficie d’un peu plus de vingt-deux hectares. Une triple défense pare à toute surprise et comprend, de l’extérieur vers l’intérieur :

    • Un champ de chausses- trappes, creusées dans l’argile. Au fond de chacun de ces lilia un pieu acéré dresse sa pointe vers le ciel.
    • Un fossé creusé en V, large de neuf mètres et profond de trois mètres.
    • Une puissante muraille crénelée (environ cinq mètres de haut et trois mètres soixante d’épaisseur) jalonnée, tous les quarante mètres, par une tour carrée (4,80m de coté) abritant des scorpio .

Les portes elles-mêmes présentent un aspect formidable : deux énormes tours en fer à cheval, construites en pierres de taille, dominent, de leurs neuf mètres de hauteur, une chaussée pavée. Dans les étages, des balistes et des scorpions interdissent tout assaut frontal et couvrent une bonne partie du rempart.

Abritant plus de six mille quatre cents hommes, l’intérieur du camp est une vraie ville et comprend :
Un hôpital militaire, le valetudinarium avec le service de santé.
Des écuries et services vétérinaires pour les milliers de mules, bœufs, chevaux dont dispose la légion.
Des ateliers. Ces fabricae produisent les armes nécessaires à la légion, réparent, améliorent…ils disposent donc de forges mais aussi de fours d’où sortent les briques et tuiles estampillées au nom de la LEG.VIII AVG.
Les horrea, gigantesques magasins, qui renferment, en principe, un an de vivres. Un légionnaire consommant environ 310 kg de blé par an, les greniers de Mirebeau auraient contenu plus de 20 tonnes de blé ! Cette estimation souligne l’énormité des stocks (blé, orge, huile, vin, eau…) indispensables à la bonne marche d’un légion, le problème crucial du ravitaillement et démontre l’importance du rôle économique de la VIII dans la région bourguignonne.
Un ou plusieurs marchés où les soldats peuvent s’approvisionner sous la surveillance des signifer.
Des latrines publiques. Un rapide calcul donne environ 1,5 kg d’excréments par individu et par jour soit plus de 9 tonnes par jour, pour toute la légion. Il faut donc de bonnes installations sanitaires !
Des citernes.
Deux établissements thermaux, l’un à l’intérieur et l’autre à l’extérieur du camp.

Les officiers logent dans des maisons à cour centrale le long de la via principalis tandis que les baraquements occupent la majeure partie du camp.
Construit en torchis et protégé par une toiture de tuiles à double pente, chacun d’entre eux abrite une centurie. Le long d’un portique à pilastres de bois, bordé sur la rue par un caniveau rudimentaire, s’alignent dix chambres et, en bout, un appartement plus grand, celui du centurion. Un contubernium dispose de deux pièces : une chambre (4,50x3,50m) et une antichambre plus petite (3,50x2,50m) où s’entassent armes et bagages. Moins de 16 m2 pour huit hommes qui vivent dans la plus grande promiscuité et cuisinent à même le sol de terre battue de leur pièce principale…Ils enterrent leurs détritus directement devant l’entrée de leur chambrée.
Leur alimentation n’apparaît pas si frugale que cela . A coté des produits de leur chasse tels que des cerfs, des blaireaux, et des renards, les légionnaires ajoutent au pain des galettes, des biscuits, du lard, du fromage, des légumes (lentilles, pois, fèves, radis, olives), de la viande de porc, du bœuf, du mouton, ou de la chèvre. Le porc représente plus de 40% des restes animaux, le bœuf près de 30%, les moutons et les chèvres environ 20%. Ces données ne nous renseignent malheureusement pas sur la quantité réelle de viande dont disposent les légionnaires. Ils consomment de l’huile d’olive venue du sud de l’Espagne, du vin de Provence de qualité secondaire. Des canards, des pigeons ou des oies agrémentent l’ordinaire.

Les principia, véritable centre administratif au cœur de la forteresse, se dressent au carrefour des via praetoria et principalis. Des portiques bordent tout l’extérieur de ce grand bâtiment carré (85m de côté) dont l’entrée monumentale s’orne d’un arc et deux petites fontaines.
La porte franchie, une vaste cour bordée de portiques dessert les bureaux des officiers et l’armamentaria - l’armurerie. Dans l’axe de l’entrée, quelques marches donnent accès à la basilica, une salle de réunion à trois nefs séparées par deux rangées de colonnes. Au fond, dans l’axe du bâtiment, se situe la chapelle aux enseignes, un petit temple carré (10x10m) où sont conservées l’effigie de l’Empereur, les enseignes dont l’Aigle, l’argent de la solde et l’épargne des soldats.
Ce camp a donc été le cantonnement de la VIII pendant la plus grande partie de la période flavienne. Quoiqu’on ne puisse la dater avec précision, la fin du séjour de notre légion à Mirebeau paraît contemporaine d’une nouvelle révolte des troupes en Germanie.

• L’affaire Saturninus ( 88-89 après J.-C.)

En 88, Lucius Antonius Saturninus, légat de Germanie supérieure, soulève les deux légions du camp de Mogontiacum -Mayence- la XIX Gemina et la XXI Rapax. Il se fait acclamer empereur et, pour asseoir durablement ( ?) sa popularité auprès des légionnaires, il puise largement dans les caisses des deux légions et dans l’épargne militaire des soldats.
Domitien réagit promptement : Il marche sans attendre vers la Germanie, à la tête de ses prétoriens, et Il ordonne à Trajan (tiens,tiens…) d’amener, à marche forcée, sa VII Gemina d’Espagne.
Les choses vont très vite, Lappius Maximus , le légat de Germanie inférieure, écrase l’usurpateur entre Coblence et Bonn, sur la rive gauche du Rhin et Saturninus meurt dans ce combat. Domitien poursuit sa route, arrive en Germanie et exerce une répression féroce.
Qu’elle soit encore à Mirebeau ou déjà installée à Strasbourg, la VIII reste fort proche du théâtre des opérations. Il nous paraît donc vraisemblable qu’elle joue un rôle, actif ou passif, dans l’échec de ce soulèvement. La minceur des sources littéraires relatant cet épisode ne nous permet pas d’apprécier clairement son attitude (27). Nous pouvons toutefois formuler deux hypothèses. Dans la première, sa neutralité, prudente ou bienveillante, contribue au maintien de Domitien. Dans la seconde, qui n’exclut pas la première, elle participe aux combats et à l’épuration. Hélas, l’état actuel de la documentation ne permet d’étayer ni l’une ni l’autre de ces deux versions et nos questions restent sans réponse.
Quoiqu’il en soit, c’est bien vers cette époque que la VIII part s’installer sur les rives du Rhin (26).

 

• L’importance du camp d’Argentorate-Strasbourg. plan du camp porte du camp


Vers 90, la VIII reçoit donc l’ordre de quitter ses cantonnements de Mirebeau pour s’installer à Argentorate (26). Ce déplacement répond, semble-t-il, aux nouveaux objectifs des Flaviens : ils étendent l’Empire sur la rive droite du Rhin et ce dispositif exige la présence d’une garnison immédiatement en arrière de la nouvelle frontière. Une très forte armée, d’environ cinquante mille hommes conduits par Cnaeus Pinarius Cornelius Clemens, contrôle désormais les Champs Décumates, ces territoires germaniques situés entre Rhin et Danube. Dans ce contexte, la VIII participerait à la réalisation d’une liaison stratégique entre le Main inférieur et le Danube, comme en témoignerait le milliaire d’Offenburg (28).
La guerre civile avait souligné un problème majeur, celui des connexions entre le Bas-Rhin et le Danube. Aussi entre 72 et 74, l’armée entreprend la construction d’une route destinée à relier Augusta Vindelicorum (Augsbourg) à Mogontiacum (Mayence) et donc Argentorate à la Rhétie. Passant par Offenburg et la vallée de la Kinsig dans la Forêt Noire, cette voie directe évite le détour par le coude du Rhin et le cours supérieur du fleuve. La construction de nouveaux forts la sécurise immédiatement : Offenburg, Area Flavaea ( Rottweil)…Elle économise environ 200 km, soit plus d’une semaine de marche. Tout d’abord créée par les militaires pour les militaires, elle draine très vite une grande partie du trafic établi entre la vallée du Rhin et les Balkans, et par delà, les provinces orientales de l’empire. Elle joue donc un rôle non négligeable dans la diffusion des cultes orientaux.
S’intégrant à ce nouveau dispositif, la Legio VIII Augusta rétablit l’ancien camp de la II Augusta, partie pour la Grande-Bretagne en 43 et pratiquement détruit lors des évènements de l’année 69. Un rempart de terre, remplacé ensuite par un mur de basalte, protège cette forteresse, d’une superficie de vingt hectares (530x275m). Ses vestiges occupent très exactement le centre médiéval de la ville de Strasbourg. La rue du Dôme court sur la via principalis et celle des Hallebardes, prolongée par la rue des Juifs, recouvre la via praetoria (29).
Autour de ce camp s’installe puis se développe un vicus, des canabae avec toutes les activités artisanales (fer, cuivre, bronze, cuirs, poteries…), les boutiques, les marchés destinées à subvenir aux besoins d’une armée sédentaire mais aussi les tavernes, les lupanars, les lieux de spectacles variés, tout un univers dont les seuls revenus dépendent du pouvoir d’achat de la legio VIII Augusta. Elle fait d’Argentorate, de ce carrefour (stratae burgus ou la ville des routes), une ville prospère d’environ vingt ou trente mille habitants (30) placée sous la double tutelle de Mercure voiturier et d’Epona, la déesse des chevaux.
En relation avec ce centre, la légion s’emploie alors à de grands travaux d’aménagement, à la production de matériaux de constructions et à la fabrication d’objets plus modestes.
La VIII construit un aqueduc de 28 km de long entre la source de Kuttolsheim et son camp. Cet ouvrage franchit un dénivelé de soixante mètres et dessert, avec une pente régulière de 2%, les thermes légionnaires, les maisons des officiers, les fontaines. La tuilerie légionnaire du vicus de Strasbourg-Koenigshoffen produit plus de 8500 tubes en terre cuite - de 65 cm de long pour 30 cm de large- pour réaliser cette conduite faite d’une double file de tuyaux (30).
Elle fabrique également des tuiles estampillées qui se retrouvent dans beaucoup de forts, tout le long du limes (Ladenburg, Saalburg…), dans les villes de la province (Rottenburg, Baden-Baden…), en Germanie inférieure, en Rhétie (Aalen). Elle alimente, essentiellement par voie d’eau, l’ensemble des sites militaires soumis à l’autorité de son légat mais aussi la Gaule, les Pays-bas... Taillés dans le Lœss, les batteries de fours de ce vicus, aujourd’hui situées sous la rue du Schnockeloch ou le long de l’actuelle route des Romains, cuisent les poteries ordinaires utilisées à Argentorate et aux alentours.
Une autre tuilerie de la VIII, établie à Nied, près de Francfort, témoignerait de l’implication de tout ou partie de la VIII dans la guerre contre les Chattes(19), cette peuplade germanique implantée dans les monts du Taurus. Un soldat de la VIII, Caius Valerius Crispus, originaire de Berta, en Macédoine, aurait trouvé la mort à l’age de 40 ans, après 21 ans de service, dans les affrontements de 90. Sa stèle funéraire orne aujourd’hui le musée de Wiesbaden.
La VIII exploite aussi des carrières de grès comme celle de la Champagnermühle près de Reinardmunster qui a livré une inscription « Officina Leg.VIII Aug. » ou au Koepfel, du grès gris dans la région de Macviller, du poudingue dans le Mont Sainte-Odile, et du granite à Dieffenthal et Scherwiller.
La VIII aménagea ensuite les rives de l’Ill sous Hadrien, pour installer un port fluvial qui devint la clef de la navigation sur le Rhin. Elle contrôla ce trafic comme le laisse supposer une inscription dédiée à Rheno Patri Oppius Severus Leg. Aug. (31).

à suivre….

Textes de René CUBAYNES et Christian DURANCET

 

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