Pendant l’été et l’automne 14,
les trois légions de Pannonie, la VIII Augusta,
la IX Hispana et la XV Appolinaris
occupent leurs quartiers d’été, sous le commandement
de Q. Junius Blaesus.
Apprenant la mort d’Auguste lors du mois d’août 14,
Junius croit bon de suspendre l’entraînement quotidien des
légionnaires. Désoeuvrés, ceux-ci voient vite,
dans le changement de souverain, une opportunité de manifester
leurs doléances et leurs revendications. Que veulent donc ces
mutins ?
Chaque légionnaire touche 10 as par jour et sur ce pécule,
il doit payer ses armes, ses vêtements, participer à l’achat
de la tente de son contubernium… Ils
exigent une solde de 16 as par jour, soit une pièce d’argent,
un denier !
Le service dure plus de 20 ans… Ils demandent qu’il soit
ramené à 16 ans !
Des centurions, corrompus ou sadiques, leur rendent souvent la vie encore
plus difficile… Ils se retournent contre eux et réclament
même la mort d’un centurion, Sirpicus, protégé
par les gars de la XV ! Les choses empirent et, pour éviter un
affrontement armé, les légionnaires de la IX s’interposent
entre ceux de la VIII et ceux de la XV.
Inquiet de la tournure des évènements, Tibère
dépêche Drusus, son propre fils, et Silius Aelius Sijanus,
le Préfet du Prétoire. Deux cohortes prétoriennes,
une bonne partie de la cavalerie prétorienne et des Germains
partent ainsi tenter de calmer les esprits. Centurions et prétoriens
chassent les principaux séditieux aussi bien dans le camp que
dans les campagnes. Des centuries livrent spontanément ( ? )
d’autres révoltés…Naturellement enclin à
la rigueur (17),
Drusus accomplit sa tâche avec la plus grande fermeté et
les fait exécuter.
Dame nature vient à son secours et parachève
son oeuvre : l’arrivée précoce de la mauvaise saison,
avec ses pluies froides et ses bourrasques de vent, maintient la VIII
sous ses tentes, empêche les rassemblements et limite l’agitation.
Dans cette ambiance confinée, l’anxiété religieuse
ne tarde pas à s’emparer des soldats :
«… ils voyaient les astres
pâlir, les tempêtes se déchaîner sur leurs
têtes impies… » (Tacite, Annales, I, 30)
Le même sentiment leur inspire rapidement le moyen
d’expier :
« …abandonner un camp dévoué
au malheur et souillé… » (Tacite, Annales, I,
30)
Ne prenant pas ces signes du ciel à la légère,
les soldats de la VIII décident donc de regagner leur quartiers
d’hiver à Poetovio (15).
Leur départ met fin à la révolte et leur histoire
se fait dès lors plus discrète. Trente ans plus tard,
elle intervient sur les bord de la mer Noire.