Le 12 janvier 49, en plein hiver, César franchit
le Rubicon avec la legio XIII. Ce petit fleuve
coule entre Ravenne et Rimini avant se jeter dans l’Adriatique.
Il forme la frontière entre la Gaule cisalpine, gouvernée
par César, et le reste de l’Italie. Or, depuis la constitution
de Sylla, aucun général ne peut franchir cette limite
sans l’autorisation expresse du Sénat. S’étant
ainsi placé dans l’illégalité, César
marche dès lors sur le Picenum, une zone d’influence de
Pompée.
La VIII le rejoint devant Corfinum, entre le 15 et le 17 février
et participe à la traversée de l’Italie : à
peine soixante jours, du 12 janvier au 17 mars, du Rubicon à
Brindisi, en descendant le long de l’Adriatique.
La « terre-mère » maîtrisée, la VIII
remonte toute la péninsule, traverse la Gaule, franchit le col
du Perthus avec César, et rejoint enfin, sur la rive gauche du
Sègre, les légions de Fabius à hauteur d’Ilerda.
Elle y participe à toute une série de manœuvres,
d’engagements qui aboutissent à la capitulation des Pompéiens
(4).
Le 2 janvier 48, la VIII débarque avec six
autres légions prés d’Oricum (5).
La bataille de Dyrrachium (6)
éprouve très sérieusement les légions VIII
et IX qui sont, pour la suite des opérations, regroupées
en une seule unité de façon à conserver l’effectif
moyen d’une seule légion.
A Pharsale (7),
le 9 août 48, la VIII et la IX occupent la gauche du dispositif
césarien. Commandées par Antoine lui-même, elles
affrontent victorieusement la légion d’Espagne et les cohortes
de Cilicie, sous le commandement d’Afranius.
Renforcée par de très nombreuses recrues, la VIII rejoint
ensuite César en Tunisie pour opérer dans la région
de Ruspina (Monastir) : il faut d’une part fortifier la place
et grignoter les positions ennemies et, d‘autre part, rafler tout
le bois et le blé possibles. Ces opérations l’occupent
de la fin du mois de novembre 47 au mois de janvier 46. À Uzitta,
César choisit d’affaiblir son aile droite qu’il confie
aux vétérans et aux tirones milites
(les recrues) de la VIII, face aux éléphants et à
l’infanterie légère numide de Scipion. Uzitta, Aggar,
Tégea…les engagements successifs, les manœuvres ne
parviennent pas à bout des Pompéiens….
A Thapsus (8),
la VIII et la IX, toujours associées et renforcées par
des éléments de la V, occupent encore une fois, comme
à Pharsale, l’aile gauche. La quatrième rencontre
entre les deux camps, Thapsus, le 6 avril 46, s’avère décisive
et offre l’Afrique à César.
Il accorde enfin un repos bien mérité
à ses veterani milites dont certains
le suivent depuis quinze ans ! Antoine les ramène en Italie et
installe ceux de la VIII autour de Casilinum, en Campanie. C’est
là que ces vétérans reçoivent une offre
de réactivation après l’assassinat de César
lors des Ides de Mars du 15 mars 44. Ces vieux soldats de la legio
VIII Gallica suivent Octave par fidélité
au nom de César mais aussi par peur de voir annulées ou
modifiées les dispositions avantageuses prises au moment de leur
démobilisation.
Ils marchent sur Modène où Brutus résiste aux légions
d’Antoine. Ils participent au siège de la cité et
la VIII y gagne le surnom de Mutinensis.
Elle achève ses campagnes à Philippes (9),
en 42, puis probablement à Actium (10)
le 2 septembre 31, avant de retourner en Italie. Octave la récompense
une nouvelle fois par des dons de terre à Teanum Sidicinum (11).
La période des Guerres civiles achevée, un voile tombe
sur l’histoire de la VIII, devenue Legio VIII Augusta par la grâce
d’Auguste . Nous la retrouvons, avec Tibère, bien loin
de ses anciens théâtres d’opération.