En 58, Helvètes, Rauraques, Boïens, Tulinges
et Latobices quittent leurs montagnes d’Helvétie et de
Norique ( Suisse et Bavière actuelles) pour notre Saintonge.
Le nouveau proconsul des Gaules, César, décide alors de
s’opposer à la migration de cette multitude qu’il
estime lui-même (1)
à plus de trois cent soixante huit mille personnes dont quatre-vingt-douze
mille guerriers bien entraînés par d’incessants combats
avec les Germains. Dès la mi-mars, Il quitte Rome pour prendre
à Genaba (Genève) le commandement de la Xe légion
puis se rend à Aquilea où se concentrent trois
autres légions : la VII, la VIII
et la IX. La VIII entre ainsi dans l’histoire en même temps
que dans l’armée et la vie de César. Elle le suit
fidèlement dans la plupart de ses campagnes pendant quatorze
années, de 58 à 45.
Dans l’état actuel de nos connaissances, nous ne
connaissons rien de cette legio VIII avant avril 58.
• L’année
58 : premières victoires
Intégrée dans une force de six légions
comprenant la VII, la VIII, la IX, la X, la XI et la XII, la VIII participe
aux deux premières batailles et victoires de César en
rase campagne. Bibracte face aux Helvètes et
« Mulhouse », face aux Suèves d’Arioviste.
Placée sous le commandement de Labienus, elle prend ses quartiers
d’hiver dans le Jura, chez les Séquanes.
• L’année
57 : face au danger belge
Bibracte brise la marche en avant des Helvètes.
Mulhouse donne à Rome une nouvelle frontière économique
et politique : le Rhin. Mais une formidable menace pèse encore
sur la présence romaine : les « Peuples du Nord »
. Avec leurs alliés germains, ils opposent plus de trois cent
vingt six mille guerriers aux huit légions - dont la VIII - de
César. Pourtant, légionnaires et auxiliaires – Crétois,
Baléares et Numides – se battant à un contre cinq
ou à un contre six, finissent par les écraser sur l’Aisne.
Ils offrent au proconsul sa troisième grande victoire. Les légions
poursuivent les vaincus, assiègent puis prennent Noviodunum,
déferlent sur le pays bellovaque puis soumettent les Ambiens.
Reste un ennemi redoutable : le peuple des Nerviens, le plus belliqueux
de tous les Belges. C’est pourquoi l’armée quitte
Amiens et marche sur Bavay, leur capitale. Les VIII, IX, X, XI et XII
avancent en tête et derrière suivent les impedimenta. Les
XIII et XIV forment l’arrière- garde d’un immense
convoi de plus de trente kilomètres de long (2)
(soit une journée de marche).
La rencontre avec les Atrébates, Viromanduens et Nerviens se
produit sur le Sabis. Dans cet affrontement très difficile, les
anciens de la VIII et les bleus de la XI s’illustrent au centre
de la ligne de bataille. Ils acculent les Viromanduens sur le cours
d’eau et les taillent en pièces.
La victoire acquise, la VIII concourt au siège d’Atuatuca,
la capitale des Atuatuques, arrivés trop tard pour renforcer
les « Peuples du Nord » sur le Sabis. Avec le retour de
la mauvaise saison, elle installe ses quartiers d’hiver soit à
proximité de la Loire, soit en Belgique.
• Les années 56-53
: Que fait donc la VIII ?
Le texte de César ne nous permet pas de connaître les
mouvements de la legio VIII pour cette période.
• L’année
52 : La grande guerre
En plein hiver, vers la mi-janvier et malgré
la neige, la VIII traverse les Cévennes, ravage le pays arverne,
gagne Vienne puis rejoint les autres légions à Sens. Vellonudunum,
Cenabum, Noviodunum, Avaricum…les oppida tombent les uns après
les autres. La VIII remonte l’Allier et, en quatre étapes,
parvient devant Gergovie.
Au signal donné, les légionnaires avancent et enlèvent
rapidement les premières fortifications. Les récompenses
distribuées à Avaricum excitent centurions et soldats.
Meneur d’hommes, Lucius Fabius, centurion de la VIII, ne veut
laisser à personne d’autre l’honneur de passer en
premier le rempart gaulois. Il l’a assez claironné dans
tout le campement ! Il court suivi par sa centurie, arrive à
l’enceinte, se fait hisser par trois de ses légionnaires,
les tire à lui, un par un, et les fait monter sur le mur…Son
collègue Marcus Petronius s’attaque déjà
aux portes de la cité ! En pleine action, César modifie
sa manœuvre ( ? ) et fait sonner le repli mais…
« Exaltés par l’espoir
d’une prompte victoire, par la fuite de l’ennemi, par
leurs succès précédents » (César,
B.G., VII,47)
… les hommes de la VIII ne semblent pas recevoir
cet ordre à moins qu’ils ne refusent d’obéir
et poursuivent leur action (3)…Coupés
du reste de l’armée, ils se retrouvent en fâcheuse
posture. Les Gaulois massacrent Lucius Fabius et les siens, les précipitent
en bas de la muraille. Marcus Petronius, accablé par le nombre,
perdant son sang, réalise la situation :
« Je veux pourvoir au salut
de ceux que mon amour de la gloire a conduits dans le péril…
» (César, B.G.,VII,50)
Il se jette alors au milieu des ennemis. Dans une
ultime charge, il en tue deux, écarte les autres de la porte
et donne son dernier ordre :
« Repliez-vous sur la légion
! » (César, B.G.,VII,50).
Il tombe, assurant le salut du reste de sa centurie.
La X et la XIII dégagent enfin la VIII. Les pertes sont lourdes
: sept cents soldats et quarante six centurions dont une bonne part
de la VIII.
Renforcée, elle participe à la bataille décisive
d’Alésia puis aux opérations de nettoyage de 51,
en particulier contre les Atrébates.
• Conclusions
Après huit ans de campagnes, de 58 à
51, la VIII termine glorieusement la guerre des Gaules . Elle y gagne
son titre de Legio VIII Gallica
et l’estime de tous :
« César avait avec lui
ses légions les plus anciennes, d’un courage incomparable
: la VII, la VIII, la IX puis une autre la XI…mais qui pourtant,
après huit ans de campagnes, n’avait pas, comparée
aux autres, la même réputation de solidité éprouvée
» (Hirtius, B.G.,VIII,8)
Lorsque César prépare la conquête
de l’Italie, en 49, Il réserve pour son propre usage la
VIII, la XI et la XIII. Il semble qu’un lien se soit créé
entre cette legio VIII Gallica
et son chef charismatique.
R.C.