« 59 scorpions
par légion…
cadence de tir 4 coups à la minute…
C’est plus de 200 flèches capables de transpercer boucliers
et cuirasses
Qui accablent l’ennemi à plus de 300 mètres de distance
! »
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Contrairement à ce que l'on pourrait penser,
l'archéologie expérimentale dans le domaine de l'artillerie
romaine n'est pas une nouveauté. Dès le XIXème
siècle des répliques de catapultes antiques ont
vu le jour et ce sont des artilleurs qui se sont penchés
sur le sujet : le capitaine d'artillerie badois Deimling a le
premier «ouvert le feu » en 1853. Malheureusement,
ces répliques ont disparu lors de la seconde guerre mondiale
« victimes » d'une bombe alliée qui a détruit
le musée de Karlsruhe. Quelques années plus tard,
un autre capitaine artillerie, français celui-ci, Verchère
de Reffye, se lance dans la même aventure à l’instigation
de l’Empereur Napoléon III, très friand d’archéologie
; on peut d’ailleurs, encore voir certaines de ces répliques
au Musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye.
C'est cependant au major d'artillerie saxon E. Schramm que nous
devons les plus belles répliques, dont huit sont encore
visibles au musée de Saalburg.
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Plus récemment, au début des
années 1970, des groupes de reconstitution historique de
légions romaines se sont lancés à leur tour
dans la construction de répliques de scorpion ou de balistes.
Grâce, notamment, aux travaux de l'allemand D. Baatz et
du britannique E.W. Marsden ainsi qu'aux découvertes archéologiques
faites sur le site espagnol d'Ampurias, de nouveaux engins ont
pu ainsi voir le jour dans un 1er temps au Royaume-Uni, grâce
à l'Hermine Street Guard, puis en Allemagne au sein de
la légion VIII Augusta. A la différence des répliques
du XIXème siècle, ces dernières sont visibles
par le grand public, lors de diverses manifestations et des séances
de tir sont même au programme...
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Les groupes de reconstitution historique de légions
romaines en France sont plus récents (la légion
VIII Augusta française n'a pas plus de 5 ans d'existence)
et ce n'est que très récemment que des répliques
de scorpion « bien de chez nous » ont pu voir le jour.
Cet exemple plutôt spectaculaire d'archéologie
expérimentale permet de rendre l'histoire plus vivante,
plus concrète et plus accessible au grand public. Elle
permet aussi et surtout aux archéologues et aux historiens
de voir matérialisée une machine la plus proche
possible de l'objet de leurs incessantes recherches. Cependant,
avant d'en arriver à une réplique crédible
aussi bien dans sa fabrication que dans son fonctionnement, il
a bien fallu se replonger dans la période antique et collationner
toutes les informations disponibles provenant de trois types de
sources différents :
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1. Les sources écrites.
Un certain nombre d’auteurs grecs ou latins
nous ont décrit ces « tormenta » (terme générique
latin pour nommer ces machines), certains d’un point de
vue littéraire, d’autres d’un point de vue
technique. Parmi les plus importants, on peut citer Jules césar
dans son Bellum Gallicum, Ammien Marcellin, dans ses Histoires,
Flavius Josèphe, dans sa guerre des Juifs, Végèce
dans son Epitoma rei militaris. Tous ces auteurs évoquent
les machines d’une façon littéraire somme
toute plutôt approximative. Restent Héron d’Alexandrie,
dans ses Belopoïca et Vitruve, dans son De Architectura,
qui nous décrivent deux machines d’une façon
beaucoup plus technique. Ces écrits nous donnent des renseignements
précieux sur la façon dont étaient utilisés
scorpions, balistes et autres onagres. Cependant, avec seulement
quelques croquis et schémas souvent approximatifs retrouvés
dans les manuscrits médiévaux et sans indications
précises sur les matériaux utilisés, il n'est
pas vraiment évident de se représenter visuellement
ce genre de machines de guerre pourtant si souvent utilisées
dans la poliorcétique (l’art de conduire un siège).

L’évolution
de la nomenclature des machines de jet gréco-romaines
Les termes
de tormenta, ballista et catapulta sont souvent confondus
et cela dès l’époque romaine. Ainsi
le scorpion qui désigne un petit lanceur de flèche
à deux bras, chez César, devient Chez Ammien
Marcellin, deux siècles plus tard, un lanceur de
boulet à un seul bras. Voici, pour s’y retrouver,
une petite chronologie succincte de l’artillerie
antique. On peut les classer en deux grandes catégories,
selon la nature de leurs projectiles respectifs : d’une
part, les oxybèles qui décochaient des traits
de bois allant de la simple flèche à la
poutre et, d’autre part, les lithoboles qui lançaient
des boulets de pierre.
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Les
tormenta vues par Jules César
La mortelle
précision des tormenta peut être appréciée
à sa juste mesure dans un épisode du siège
d'Avaricum particulièrement pathétique, où
César rend hommage en passant au courage des Gaulois
: « Le reste de la nuit s’était écoulé
et on combattait encore sur tous les points ; l'espoir de
vaincre se ranimait sans cesse chez l'ennemi, d'autant plus
qu'il voyait les mantelets des tours consumés par
le feu et qu’il se rendait compte de la difficulté
qu'éprouvaient les nôtres pour venir à
découvert, au secours de leurs camarades ; toujours
des troupes fraîches remplaçaient les troupes
fatiguées ; tout le sort de la Gaule leur paraissait
dépendre de cet instant. Il se produisit alors à
nos regards quelque chose qui nous parut digne de mémoire,
et que nous n’avons pas cru devoir passer sous silence.
II y avait devant une porte un Gaulois qui jetait vers la
tour en feu des boules de suif et de poix qu'on lui passait
de main en main ; un trait parti d'un scorpion lui perça
le flanc et il tomba sans connaissance. Un ses voisins,
enjambant son corps, le remplaça dans sa besogne
; Il tomba de même, frappé à son tour
par le scorpion ; un troisième lui succéda,
et au troisième un quatrième ; et le poste
ne cessa d’être occupé par des combattants
jusqu'au moment où, l'incendie ayant été
éteint et les ennemis repoussés sur tout le
front de bataille, le combat prit fin ».
César,
Bellum Gallicum |

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2. Les sources iconographiques.
Elles sont malheureusement peu nombreuses. La plus
imposante en taille est la colonne de Trajan à Rome. Sur près
de trente mètres et en forme de serpentin, cette colonne pourrait
prétendre être en quelque sorte l'une des plus anciennes
«bande dessinée » de l'histoire. Elle raconte la
conquête de la Dacie (globalement l'actuelle Roumanie) par les
légions de l’empereur Trajan au début du 2ème
siècle de notre ère. Cinq bas-reliefs de cette colonne
concernent directement l'artillerie et si l'architecture et les proportions
de ces catapultes sont assez bien reproduits, les détails sont
quasi inexistants. De plus, elle décrit un système de
catapulte beaucoup plus tardif que le Scorpion vitruvien.

Nous trouvons aussi des bas-reliefs de colonne, de
tombe ou de balustrade, comme celui de Vedenius, qui date de la fin
du premier siècle avant J.C. qui est donc beaucoup plus proche
de notre reconstitution. Ce sarcophage représente le capitulum
d’un scorpion muni de sa plaque frontale de protection. Un scorpion
est aussi présent sur le bas d’une colonne à Pergame.
En fait, la représentation la plus intéressante pour notre
machine est celle que l’on voit sur une toute petite gemme représentant
Cupidon lançant Psychée à l’aide d’un
scorpion. Tout y est, jusqu’au système de treuil.
3. Les sources archéologiques.
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Elles sont heureusement plus nombreuses. En fait
pour la plupart, elles ont été découvertes
il y déjà très longtemps, mais, trop énigmatiques
elles ont souvent été mal cataloguées dans
les musées. Ainsi, l’exemple le plus fameux a été
un ensemble complet de capitulum d’une catapulte assez tardive
retrouvée à Lyon au siècle dernier. Il a
fallu attendre les travaux de Michel Feugère pour que l’on
y voie enfin autre chose qu’une sorte de petit chariot à
roue (les modioli) qu’aurait traîné un soldat
romain derrière lui pour porter ses bagages. C’est
dire toute la difficulté d’interprétations
de ces vestiges archéologiques.
Les seules parties conservées sont, en effet, les parties
métalliques, comme les modioli (barillets servant à
la tension du cordage), les crémaillères, les roues
à cliquet des treuils ou plus rare, les plaques ornementales
qui décoraient et protégeaient la face antérieure
du tablier des scorpions. Tout le reste a soit disparu, soit été
réemployé. Ainsi peu de projectiles, boulets ou
flèches ont été retrouvés, car retaillés
par la suite.
En fait, la découverte la plus importante pour notre scorpion
vitruvien, du premier siècle avant J.C a été
faite aux pieds d’une tour de l’enceinte de la ville
romaine d’Ampurias en Espagne. Il s’agit d’un
blindage d’acier complet d’un capitulum avec des modioli
eux aussi en acier qui s’étaient soudés au
capitulum. Cette découverte a fait faire un bond en avant
considérable aux recherches sur l’artillerie antique.
Pour la première fois, l’on avait retrouvé
un vestige quasi-complet que l’on pouvait comparer au texte
de Vitruve qui, au Livre X de son De Architectura, nous explique
comment fabriquer cette machine. D’autres découvertes
plus récentes ont permis aussi d’autres interprétations
sur la postérité de ces machines, comme à
Crémone, où a été ainsi retrouvé
une plaque frontale en bronze avec ses décorations ainsi
que sur le limes en Roumanie, à Orsova et à Gornéa.
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COMMENT FABRIQUER
UN SCORPION VITRUVIEN ?
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C'est à partir des ces trois types de
sources antiques que nous pouvons tenter de recréer ces
catapultes disparues depuis plus de 1500 ans... Cette tâche,
même si elle est beaucoup plus réalisable que le
clonage d’un mammouth n'en est pas moins ardue tant les
éléments manquants sont fréquents. Tout le
secret réside dans la confrontation des sources et dans
l’expérimentation, le tout assaisonné d’une
bonne dose d’improvisation.
En effet, à la différence des répliques précédentes,
ces deux scorpions se devaient de posséder un atout «
crédibilité historique » indéniable...
C'est, en effet, la première fois que deux répliques
d'une pièce d'artillerie antique allaient être fabriquées
scientifiquement à partir des écrits de Vitruve.
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Première étape,
le texte de Vitruve.
C’est un texte latin technique de la deuxième
moitié du premier siècle avant J.C. qu’il
a fallu traduire et interpréter, nous avons donc demandé
à notre professeur de Lettres classiques et Doctorant,
Emmanuel Fourré, de s’atteler à la tâche.
C’est dans la dernière partie du Livre X du De Architectura
de Vitruve, consacré à la mécanique militaire
que l’on trouve la façon de construire un scorpio,
à savoir un petit engin lanceur de flèches. L’auteur
nous y donne toutes les proportions de la machine. La description
qu’il en fait (dont le fonctionnement repose sur un système
dit « à torsion de fibres », les Tormenta)
n’est pas évidente au premier abord. Voici comment
on pourrait l’expliquer avec les termes employés
par Vitruve. (les différents noms renvoyant au plan de
la machine).
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« Deux faisceaux de câbles de nerfs (nerui
torti) ou de crins, enroulés verticalement autour de leviers
de serrage (epizugides) reposant sur des barillets métalliques
(modioli) et au centre desquels sont fixés deux bras en bois
(bracchia) reliés entre eux par une corde archère, sont
fixés sur un cadre de bois (capitulum) au centre duquel passe
le fût de la machine constitué d'une longue pièce
fixe (canaliculus), À l'intérieur de laquelle coulisse
une sorte de tiroir (canalis fundus), comportant un canal recevant la
flèche et une griffe (epitoxis) qui re¬tient la corde archère.
En ramenant ce tiroir vers l'arrière au moyen d'un treuil (sucula)
fixé au bout du fût, la corde archère tire vers
l'ar¬rière les bras qui exercent ainsi une pression sur les
tortis de fibres. Une fois la corde archère libérée
de la griffe au moyen d'un petit levier (manucla), les bras reviennent
à leurs positions initiales, propulsant ainsi la corde archère
et le projectile vers l'avant. Tout cet ensemble étant posé
sur une base stable (columella et subiectio) munie d'un axe (caput columellae)
et possédant un système de pointage (posterior minor columna).
»

Le problème majeur vient essentiellement du
fait que Vitruve est aussi un mathématicien et que, vraisemblablement
inspiré par les pythagoriciens grecs et leur fameux nombre d’or,
il a élaboré une sorte de règle qui fait que toutes
ces mesures dérivent d’un module qu’il appelle, en
l’occurrence, le foramen.
Il s’agit du diamètre du trou percé dans les parties
supérieures et inférieures (les péritrètes)
du tablier (capitulum) de la machine et dans lesquels passent les modioli
(les barillets), par lesquels passent les tortis de fibres, et qui sert
par tout un jeu de proportions à déterminer les mesures
des différentes pi謬ces constitutives du scorpio.
Ce foramen est déduit de la taille de la flèche qui doit
être 9 fois plus longue. Ainsi, si l’on prend l’exemple
de la catapulte d’Ampurias, avec un fora¬men d’environ
80 mm, la flèche lancée par l’engin mesure donc
720 mm.
Il faut donc retraduire toutes ces fractions données par Vitruve
en mesures actuelles et ce ne fut pas une mince affaire. Ensuite il
faut confronter ces chiffres avec les vestiges archéologiques
retrouvés et procéder à différentes hypothèses.
Un exemple de ces tâtonnements fut le système du treuil.
Vitruve ne nous dit pas grand chose là-dessus. Ainsi les deux
scorpions avaient reçu à l’origine un système
différent, l’un était équipé d’une
crémaillère et l’autre d’un encliquetage à
rochet. Très vite, nous nous sommes aperçus que la crémaillère
était trop aléatoire pour le réglage du tir alors
que l’encliquetage à rochet permettait une plus grande
précision dans la tension des cordages.
Deuxième étape,
la réalisation proprement dite
C'est grâce à ces plans que, sous la conduite
de Laurent Cabot, professeur de Lettres-Histoire, et de Gilles Forget,
professeur de Menuiserie, dans le cadre d'un Projet pluridisciplinaire
à Caractère Professionnel (PPCP), des élèves
de Bac Pro du lycée professionnel de bâtiment de Chardeuil
en Dordogne ont réalisé le 1er prototype de scorpion de
type vitruvien, devançant de quelques semaines la réplique
réalisée par Emmanuel Fourré, avec l’aide
de M. Dumaine et de M. Goupille, respectivement professeurs de mécanique
et de menuiserie à l’E.S.A.T. de Giel dans l’Orne.
Certes, certains puristes de l'archéologie expérimentale
pourront reprocher à ces deux répliques d'avoir été
réalisées dans des ateliers modernes avec des outils contemporains
et que certaines pièces métalliques ont été
usinées au lieu d'être forgées, mais malheureusement,
nos moyens financiers n’étaient pas assez importants et
ne l’oublions pas, il y avait aussi un but pédagogique
dans ces réalisations.

Troisième étape,
l’expérimentation.
La construction des machines achevée,
il a fallu les essayer. Les premiers essais du prototype à
peine sorti des ateliers de Chardeuil en mars 2004 furent à
la fois décevants et encourageants. Décevants, car
les premières flèches ne dépassaient pas
40 mètres ! Il est vrai que les toutes premières
flèches construites n'étaient pas très équilibrées
et beaucoup trop lourdes... Encourageants, car la réplique
était saine et laissait présager une fois le problème
des flèches résolus de bien meilleures performances.
C’est Pascal Lavaud, taillandier à Donzenac en Corrèze
et spécialisé dans les répliques d’armes
anciennes qui s’est chargé de la tâche en fabriquant
des pointes de flèches identiques à celles retrouvées
lors de fouilles archéologiques et fixées sur un
bois de frêne avec à son extrémité
postérieure un empennage trois faces en parchemin.
Et effectivement, en mai 2004, à l’occasion du festival
des lycéens de Pau, lors d’une démonstration
publique, nos flèches dépassaient les 100 mètres
alors même que la tension du système de torsion était
loin d'être à son maximum. Les 200 mètres
doivent être possibles, mais jusqu'ici des tirs à
puissance maximale n'ont pas été effectués
car cela pose des problèmes de longueur disponible et de
sécurité).
Depuis, le système à crémaillères,
trop aléatoire a été totalement remplacé
par un système à encliquetage à rochet parfaitement
fiable et fonctionnel grâce au savoir-faire de Jean-Yves
Attard « sorcier mécanicien » à Lescure
d’Albigeois dans le Tarn.
Au premier abord, on pourrait être surpris
par la couleur très sombre (presque noire) du scorpion
de la légion VIII. C'est après quelques recherches
que l'hypothèse d'une protection de ces machines contre
l'humidité et les insectes xylophages avec du Bitume de
Judée qui était couramment utilisé à
l'époque romaine nous a semblé convaincante. Cependant,
la possibilité que les machines en bois en service dans
les légions romaines aient été protégées
avec de l'huile de lin ou du brou de noix, comme la deuxième
machine semble tout aussi valable.
2005 a été une année où de nombreux
changements se sont succédés dans le but d'optimiser
l'utilisation de nos catapultes à flèches. Tout
d'abord nous avons essayé une nouvelle paire de bras courbes
en lamellé-collé qui en théorie devaient
permettre d’augmenter l’efficacité du tir.
Malheureusement, ces nouveaux bras n'ont pas résisté
bien longtemps à la puissance de traction du treuil. Puis
nos deux scorpions ont été pourvus de bras courbes
en chêne massif et d’une section plus importante.
Les essais réalisés par la suite, ont certes démontré
leur solidité mais n'ont pas véritablement convaincus
au niveau des gains de performance et l'élaboration de
nouveaux bras est à l'étude.
En 2006 il est prévu de transformer les deux scorpions
en carrobalistes en supprimant le socle pour le remplacer par
un affût sur roues ceci afin d'augmenter la mobilité
de ces catapultes.
On pourrait aborder bien d'autres problèmes résolus
grâce à l’expérimentation ou à
résoudre, concernant ce genre de réplique, mais
un simple article n'y suffirait pas. Evoquons tout de même
le « hic » principal, à savoir le système
de torsion, qui est la caractéristique fondamentale des
ces machines.
Durant la période antique, ce système de torsion
était fabriqué à partir d'une combinaison
de tendons d’animaux, de crinières de chevaux et
même de cheveux de femmes ! Nous n’en savons pas davantage
: le savoir-faire romain dans ce domaine ne nous est pas parvenu
et avait même commencé à disparaître
dès la fin de l’Empire d'Occident, ce qui explique
l’absence de ces machines pendant le Moyen Age en Europe
occidentale. Faute de mieux, nous devons nous contenter d'un système
de torsion à base de cordages synthétiques bien
plus solides et bien moins sensibles à l'humidité
et aux changements de températures que le chanvre bien
plus « capricieux »..
Depuis que ces répliques de scorpion sont entre les mains
des légionnaires des groupes Légion VIII Augusta
l’accent a été mis sur la sécurité
et la précision lors des démonstrations publiques
(tirs à 50 m sur cible de dimension humaine avec de nombreux
ballots de pailles derrière la cible), car ne l’oublions
pas, ce sont de véritables répliques fonctionnelles
des pièces d’artillerie utilisées par la légion
romaine.
Ces « canons » ou « mitrailleuses » de
l’époque pouvaient avoir, selon leurs portées
respectives, deux fonctions principales. La première réservée
aux machines de grosse taille, comme les balistes et les onagres
: la « préparation d’artillerie », dont
un parfait exemple nous en est donné dans la première
scène du film de Ridley Scott, Gladiator et dans laquelle
on voit toute une batterie de ces machines de différentes
tailles exercer une pression telle sur les barbares qu’elle
aurait pu suffire à les massacrer sans l’intervention
de la légion. Notons aussi l’impact psychologiques
que devaient avoir ces machines sur le moral de l’ennemi.,
comme le dit Ammien Marcellin.
[...] puis des balistes armées de flèches de bois
se bandaient au bruit strident de leur torsion et répandaient
sans cesse une pluie de projectiles, tandis que les scorpions
tiraient des boulets de pierres partout où les avaient
pointés des mains habiles. (Hist., 24, 4, 16)
La seconde, réservée aux machines de petites tailles,
comme les scorpions, serait plutôt une utilisation ponctuelle
lors de sièges de places fortes, comme armes de précision
capable de défendre tel ou tel point du front de bataille
ou de tuer à distance les chefs ennemis.
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Le
problème des « nervi torti »
Le principal
problème posé par ces machines est la tension
des cordages qui servent à propulser les projectiles.
Voici comment Vitruve décrit l’appareil qui
sert à tendre ces sortes de ressorts.
Cette expression désigne les faisceaux de fibres
dont l’élasticité propulse vers l’avant
les bras de l’engin. Ils sont constitués
de nerfs, de crins de chevaux ou encore de cheveux de
femmes. On pourra se référer notamment à
ce que dit Végèce crines feminarum in eiusmodi
tormentis non minorem habere uirtutem (Epitoma Rei militaris,
4, 9). Il raconte à ce sujet le fait que les femmes
romaines n’ont pas hésité à
sacrifier leur beauté face à l'adversité,
en offrant leur cheveux pour remonter les machines lors
d’un siège du Capitole, matronae abscissos
crines uiris suis obtulere pugnantibus re¬paratisque
machinis. Il mentionne cet épisode dans le but
d’en faire un exemplum de la grandeur des Romains
et des Romaines Maluerunt enim pudicissimae feminae deformato
ad tempus capite, libere uiuere cum maritis, quam hostibus
integro decore seruire. (voir aussi Florus, Epit. 2, 15).
C’est Vitruve (10, 12, 1-2) qui nous explique la
façon dont on mettait en place ces tortis de nerfs
sur le cadre de la baliste :
"On
prend deux pièces de bois (A) de bonne longueur
; on y fixe des coussinets où sont engagés
des arbres de treuils (B). On entaille les pièces
de bois en leur milieu, y pratiquant des encastrements,
et ces encastrements reçoivent les cadres (C) des
catapultes coincés par des cales (D) de manière
à éviter qu'ils ne bougent dans les opérations
de bandage. On enferme alors dans ces cadres des barillets
(E) en bronze où on loge les clavettes de fer (F)
que les grecs appellent? «ejpizugivda». On
introduit ensuite les extrémités des câbles
(G) dans les ouvertures des cadres, on les fait passer
du côté opposé, on les réunit
sur les treuils et on les y enroule de manière
que, lorsque les câbles sont tendus par ces treuils,
au moyen de leviers (H) et qu'on les frappe de la main,
ils rendent de part et d'autre un même son. On les
arrête ensuite aux ou¬vertures par des cales,
de manière qu'ils ne puissent pas se détendre.
Les faisant ainsi passer du côté opposé,
on les tend de la même manière avec les treuils
et par l'intermédiaire de leviers jusqu'à
ce qu'ils laissent entendre un même son. C'est ainsi
par coinçages de cales que les catapultes sont
réglées sur un son saisi musicalement. (Les
lettres entre parenhèses renvoient au dessin illustrant
la méthode employée pour tendre les nerui
torti).
Appareil pour tendre les câbles des machines de
jet (reconstitution de Philippe Fleury) Les deux faisceaux
de fibres doivent avoir une tension rigoureusement identique
et, en l'absence de dynamomètre, seul le son rendu
par la corde pincée ou frappée permettait
aux servants de la pièce de se rendre compte de
l'exactitude de la tension. C’est encore une fois
Vitruve (1, 1, 8) qui insiste sur l'importance de la musicologie
pour l'architecte, ou pour celui qui va servir une baliste.
L'architecte doit connaître la musique pour être
familiarisé avec le système des relations
harmoniques et mathématiques, et en outre pour
pouvoir régler correctement les balistes, les catapultes
et les scorpions. Dans les cadres en effet, il y a à
droite et à gauche les trous des ressorts à
travers lesquels sont tendus, au moyen de treuils, les
faisceaux de nerfs ; ceux-ci ne sont fi¬xés
et arrêtés que s'ils rendent des sons déterminés
et reconnus égaux aux oreilles du spécialiste.
En effet, les bras qui sont introduits dans ces ressorts,
lorsqu'ils sont tendus, doivent envoyer le coup l'un et
l'autre de la même manière et de la même
force, car, s'ils ne sont pas "homotones", ils
empêcheront les projectiles d'avoir une trajectoire
rectiligne."
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conclusion
C’est à partir du texte de Vitruve que
les plans des deux scorpions ont été conçus : c’est
la 1ère fois que des répliques de scorpion ont été
fabriquées en tenant compte du savoir-faire d’un architecte
romain.
L’étape de l’expérimentation et des essais
permet de vérifier concrètement les calculs et les hypothèses
de départ. Ainsi, après quelques réglages et de
menus ajustements, on passe très rapidement du stade de «
prototype » à celui de « réplique de démonstration
grand public » C’est à dire un engin qui sans égaler
tout à fait les performances des véritables scorpions
romains permet cependant de montrer aux spectateurs (qu’ils soient
simples béotiens ou archéologues chevronnés) la
puissance et la précision de l’artillerie romaine : voir
un bouclier gaulois perforé à plus de 50 m par une flèche
de scorpion donne une petite idée de l’état d’esprit
des ennemis de Rome sur le champ de bataille face aux « armes
de destruction massive » de l’Antiquité.
Bibliographie :
1. E. W. MARSDEN, Greek and Roman Artillery, Technical
Treatises, Oxford, Clarendon Press, 1971.
2. N. GUDEA et D. BAATZ, « Teile spätrömischer Ballisten
aus Gornea und Orsova (Rümanien), mit einem Anhang : Herons Cheiroballistra
(Ubersetzung) » : S J 31, 1974, p. 50-72.
3. Ph. FLEURY, La mécanique de Vitruve, P U C, Caen, 1993.
4. M. FEUGÈRE, Les armes des Romains (De la République
à l'antiquité tardive), Editions Errance, Paris, 1993.
5. R. SCHNEIDER, Die Antiken Geschütze auf der Saalburg. Die "Umschau",
Frankfort, H. Bech¬holds Verlag, 1905.
6. E. SCHRAMM, Die antiken Geschütze der Saalburg, Berlin, Weidmann,
1918. [Réédité en 1980 par le Musée de Saalburg,
avec le point fait sur l'état actuel de la re¬cher¬che
et des découver¬tes archéologiques par D. BAATZ.
7. D. BAATZ, « Ein Katapult der Legio IV Macedonica aus Cremona
» : M D A I (R) 87, 1980, p. 299-383.
8. D. BAATZ et M. FEUGÈRE, « Eléments d'une catapultte
romaine trou¬vée à Lyon » : Gallia 39 (2), 1981,
p. 201-209.
9. C. PITOLLET, « La catapulte d'Ampurias » : R E A 22,
(1), 1920, p. 73-76.
10. C. CICHORIUS, Die Reliefs der Traiansaüle, Tafelband, Berlin,
1896.
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