Je voudrais présenter
ici l'apport pédagogique que représente
tant pour les élèves que pour les enseignants ce
travail de reconstitution. Sur le plan des acquisitions professionnelles, c'est
un "plus" non négligeable.
Le programme standard des classes de baccalauréat
professionnel bois, s'il est dense et bien cadré, manque cependant
d'éléments que j'estime importants dans ce que doivent
connaître des élèves dont le débouché principal,
dans notre Périgord, est l'artisanat. Je pourrais dire qu'il
manque de "fantaisie".
La plupart des travaux que nous effectuons à l'atelier,
portes, fenêtres, agencements d'intérieur, sont bien définis
par des normes, des standards, des règlements. Liés par
ces cadres, les élèves ont peu d'autonomie, ils apprennent
des techniques déjà élaborées par d'autres,
sur un chemin tout tracé. Bien que l'acquisition de ces techniques
soit nécessaire, j'y vois deux inconvénients: d'une part
l'élève a peu à réfléchir, à faire
preuve d'imagination, et d'autre part il sera peu adapté aux
réalités du monde artisanal de notre région, où la
restauration de vieux bâtiments est une partie très importante
du travail, et demande un esprit de "débrouillardise",
d'adaptabilité à des situations toujours différentes.
D'où l'avantage de ces
projets pédagogiques concernant la reconstitution historique
et l’archéologie expérimentale. Nous
avons à fabriquer des objets totalement "hors-normes",
qui ne sont souvent pas définis, si ce n'est par un vague
croquis, une photo peu lisible, voire même seulement quelques
lignes dans un texte antique… A partir de ces seuls renseignements,
il faut concevoir un appareil complexe (le scorpion par exemple)
et qui devra fonctionner avec des résultats probants, une
précision satisfaisante (les appareils de topographie),
ou une qualité esthétique évidente (les meubles
romains).
J'ajouterai en plus (last but not least !) à ces
critères, l'exigence de " l'archéo-compatibilité" qui
nous a souvent posé des problèmes: pas de nos modernes
vis, boulons, moyens modernes d'assemblages ou de quincaillerie… Il
faut que (au moins) visuellement, de l'extérieur, nos fabrications
aient le même aspect qu'elles pouvaient avoir dans l'antiquité.
Là, j'avoue avoir parfois un peu triché, avec des collages,
des fixations, que nous nous efforçons de rendre invisibles.
Nous opérons en général par petites équipes
de deux ou trois élèves, qui ont la responsabilité totale,
avec une grande autonomie à partir des quelques éléments
fournis, de la définition de l'ouvrage, de sa mise en plan,
de son processus de fabrication.
Leur enthousiasme, leur investissement
dans la fabrication, le soin apporté à ces réalisations, est
pour moi la preuve que je ne me trompe pas de chemin. J'ajouterai
enfin que pour des élèves dont l'orientation vers
un lycée professionnel a souvent été présentée
comme un échec (tu ne réussis pas à l'école
donc tu feras un manuel…) ces fabrications sont très
valorisantes sur le plan personnel. De savoir
que ces ouvrages sont exposés, filmés par les télévisions,
photographiés pour les journaux, reconnus par des historiens,
leur rend confiance dans leurs capacités.