Lucius Acilius
Strabo, légat de la VIII ?
Préteur
en Cyrénaïque :
Un texte de Tacite nous révèle la première étape
du cursus sénatorial de Lucius Acilius
Strabo :
« Pédius Blésus perdit
aussi le rang de sénateur,
accusé par les Cyrénéens d'avoir violé le trésor
d'Esculape, et cédé, dans la levée des soldats, à la
double corruption de la brigue et de l'or. Le même peuple poursuivait Acilius
Strabo ancien préteur, envoyé par Claude pour
régler la propriété de plusieurs domaines possédés
autrefois par le roi Apion, et que ce prince avait laissés, avec ses États,
au peuple romain. Les propriétaires voisins les avaient envahis, et ils
se prévalaient d'une usurpation longtemps tolérée, comme
d'un titre légitime. En prononçant contre eux, le juge souleva
les esprits contre lui-même. Le sénat répondit aux Cyrénéens
qu'il ignorait les ordres de Claude, et qu'il fallait consulter le prince, Néron,
approuvant le jugement d'Acilius, écrivit
néanmoins que, par égard pour les alliés, il leur faisait
don de ce qu'ils avaient usurpé. » ( Tacite, Annales, 14,18) (65).
Claude expédie un de ses préteurs, Acilius
Strabo, en Cyrénaïque (Libye) pour régler un
gros litige: des familles occupent les terres léguées à Rome
par Ptolémée Apion ( roi de Cyrène mort en 96
av. J.-C.)
Ces paysans travaillent, en toute illégalité au yeux
de Claude, les sols de l’ager publicus pour les mettre en valeur.
Depuis plus d’un siècle, ils développent tout un
réseau d’irrigation et font vivre une grande majorité de
la population de Cyrénaïque.
Pourtant, Strabo doit les chasser et restituer les propriétés
occupées à leur légitime propriétaire ,
Rome (66).
Trois inscriptions corroborent le récit de Tacite et soulignent
le jugement de Strabo, avalisé une première fois par
Claude (première épigraphe) puis une deuxième
fois par Néron (pour les deux autres épigraphes):
AE 1974, 00682b. Cyrenaica, Beit Thamir.
[Ti(berius) Claudius] / Caesa[r Augustus] / Ger[manicus] / [6] / [6] / [6] /
[6] / [6] / per L(ucium) Ac[ili]um Str[a]/bonem l[e]gatum suum / praedia
[a] privatis / poss[3]ES[3]RES[3]TI / [3]tuit [
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Tiberius Claudius Caesar Augustus Germanicus (
la titulature de Claude) par son légat Lucius
Acilius Strabo restitue au peuple romain les
propriétés occupées de leur propre initiative
par des particuliers ( ?).
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AE 1934, 00260 = AE 1939, +00305. Cyrenaica,
Gasr Taurguni.
[Nero] Claudius divi / [Clau]di f(ilius) Ger(manicus) Caesaris
/ [n(epos)] Ti(beri) Caesaris Aug[u]st[i] / [pr(onepos) div]i
Aug(usti) abn(epos) Caesar Aug(ustus)
/ [G]ermanic<u=O>s pontif(ex) / max(imus) trib(unicia) pot(estate) imp(erator)
{o}c(on)s(ul)() / per L(ucium) Acilium Strabonem / leg(atum) suum fines occu/[p]atos
a privatis p(opulo) R(omano) res/[ti]tuit
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Nero Claudius Caesar Augustus Germanicus Imperator (Néron),
fils du divin Claudius petit-fils de Germanicus Caesar,
arrière-petit-fils de Tiberius Caesar Augustus,
arrière-petit-fils (au 4e degré) du divin Auguste,
grand Pontife, investi de la puissance tribunitienne pour la (
?) fois, consul pour la (?)fois, par son légat Lucius
Acilius Strabo, restitue au peuple romain
ses limites de champs occupées de leur propre initiative
(illégalement).
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AE 1995, 01633. Cyrenaica, Susah, Apollonia.
[Nero Claudius] / [divi Claudi f(ilius)] Germanici Cae/saris nep(os) [Ti(beri)
Caes(aris)] / Aug(usti) pron(epos) div[i] Aug(usti) abn(epos) Caes[ar] /
Aug(ustus) Germani[cus] / Imp(erator) per L(ucium) Acil[ium] / Strabonem
l[egatum] / suum fines [oc]/cupatos a priv[atis] / p(opulo) R(omano) restituit{t}
// [
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Nero Claudius Caesar Augustus Germanicus Imperator (Néron),
fils du divin Claudius petit-fils de Germanicus Caesar,
arrière-petit-fils de Tiberius Caesar Augustus,
arrière-petit-fils (au 4e degré) du divin Auguste,
par son légat Lucius Acilius
Strabo, restitue au peuple romain ses limites
de champs occupées de leur propre initiative (illégalement).
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Légat de la VIII Augusta
ou légat de Germanie supérieure ?
CIL XIII, 07709= D 03456. Germania superior,
vallée de la Brolh.
Herculi Saxsano / sacrum Iulius Vi/ctor /(centurio) pro
se et co(m)/militones(!) si/ngulares pedite/s Acili Strabonis
/ leg(ati) Aug(usti) v(otum) s(olverunt) l(ibentes) m(erito)
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A Hercule carrier (Saxsanus), de la part
du centurion Julius Victor, pour lui-même et ses
soldats de la garde à pied du légat Acilius
Strabo. Ils se sont acquittés de leur
vœu de bon gré, comme de juste.
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Julius Victor ? Des éléments
de la legio VIII Augusta occupent
la place d’Heilbron-Böckingen. Ce fort appartient à la
portion du limes du moyen Neckar, mis en place au moment de la conquête
des « Champs Décumates » sous le principat de Domitien.
Là, un Julius Victor, centurion homonyme du précédent,
s’acquitte d’un vœu et il pourrait bien s’agir
du même centurion :
CIL XIII, 06473.Germania superior. Heilbronn
I(ovi) O(ptimo) M(aximo) / Iul(ius) Vict[o]r / |(centurio) leg(ionis) VII[I]
/ Aug(ustae) / [
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A Jupiter très bon très grand, Julius
Victor, centurion de la légion
VIII Augusta.
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D’après ces deux épigraphes le
légat Lucius Acilius Strabo servait
en Germanie mais le premier ex-voto ne nous précise pas la nature
de sa légation: commandait-il la VIIIe Augusta à laquelle
aurait appartenu Julius Victor ou gouvernait-il la province
de Germanie supérieure ? La fonction de « singulares »,
ne nous permet pas de trancher entre les deux hypothèses. Ces
gardes du corps apparaissent à l’époque flavienne
et servent aussi bien les légats de légion que les légats
gouverneurs de province (67).
Le consulat :
AE 1998, 00419. Picenum. San
Severino Marche, Septempeda.
Um]midi[us 3] / [Imp(erator) Caesar
Vespasianus Aug(ustus) VIIII T]itus Caesar [Aug(usti) f(ilius)
VII] / [Caesar Domit(ianus) Au]g(usti) f(ilius) VI( donc
en79 ) / [P(ublius) Calvisius Ruso L(ucius) Iunius Caese]nnius
Paetus / [T(itus) Rubrius Aelius Nepos] M(arcus) Arrius Flaccus
/ [Imp(erator) T(itus) Aug(ustus) VIII] Caesar Domit(ianus)
VII (soit en 80 ) / [A(ulus) Didius Gallus Fabricius Veiento
II L(ucius) Aelius Plautius Lam]ia Aelianus / [L(ucius) Aelius
Plautius Lamia Aelianus Q(uintus) Aurelius Pac]tumedius Fronto
/ [L(ucius) Aelius Plautius Lamia Aelianus C(aius) Marius
Marcellus Oc]tavius Rufus / [3] Q(uintus) Pompeius Trio /
[Sex(tus) Neranius Capi]to L(ucius) Acilius Strabo / [M(arcus)
Tittius Frugi] M(arcus) Vinicius Iulius Rufus / [L(ucius)
Flavius Silva Nonius Bassus] M(arcus) Asinius Pollio Verruc(osus)
/ [M(arcus) Roscius C]oelius C(aius) Iulius Iuvenalis / [T(itus)
Iunius M]ontan(us) L(ucius) Iulius Vett(ius) Paullus / [T(itus)
Tettienus] Seren(us) C(aius) Natta Pinarianus / [L(ucius)
Carminius Lusitanic]us M(arcus) Petronius Umbrin(us) / [T(itus)
Turpilius Dexter] M(arcus) Maecius Rufus / [Imp(erator) Domitianus
Caesar Aug(ustus) VIII] T(itus) Flavius Sabinus (soit en
81 ) / [3 L(ucius) Sal]vius Otho Coc[ceian(us)] / [3 M(anius)
Acili]us Avio[la
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Cette inscription se date par le huitième
consulat de Titus et le septième consulat de Domitien soit de
l’année 80, c’est à dire sous le principat
de Titus.
Lucius Acilius Strabo aurait
donc été consul suffect en 80, aux côtés
de Sextus Neranius Capito, sous le consulat conjoint de Gaius
Vipstanus et de Caius Fonteius.
Date et nature de sa légation
:
Si nous admettons que les deux Julius Victor ne
forment qu’un seul et même personnage, nous pouvons poser
deux hypothèses. Elles diffèrent l’une de l’autre
en fonction de la place que nous assignons au consulat de Strabo :
- Première hypothèse : Lucius
Acilius Strabo fut un des légats
de la VIIIe Augusta.
Ce poste pourrait très bien s’inscrire dans
son cursus prétorien avant son consulat suffect,
vraisemblablement entre 73 et 80 (68), donc à Mirebeau
- Deuxième hypothèse: Strabo gouvernait
la province de Germanie supérieure en tant que légat Augusti
pro praetore (ce que l’inscription ne mentionne pas)
avec la responsabilité de deux légions, la VIIIe
Augusta d’Argentorate et la XXII Primigenia de
Mayence. Comme l’Empereur choisit ses légats parmi
les anciens consuls, cette légation ne pourrait intervenir
que pendant les « années Domitien », après
la création des deux provinces consulaires de Germanie
inférieure (les Pays Bas) et de Germanie supérieure,
soit dans les années 90.
R.C.
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