Aulus Bucius
Lappius Maximus
En l’absence de toute grande dédicace,
comme celles de Curiatius Maternus ou d’Antistius
Rusticus nous ignorons la plus grande partie du cursus prétorien
de Lappius Maximus.
Légat de la VIII Augusta
?
La mention d’un légat du nom de Lappius
(AE, 1973, 0359b) apparaît sur les tuiles du camp de
Mirebeau :
LEG(IO) VIII AVG(VSTA) LAPPIO LEG(ATO) (32)
|
révélant la légation d ‘Aulus
Bucius Lappius Maximus à la tête de la VIIIe
Augusta , dans les années 73-75 ou 76-78 (3).
Lappius fait ensuite partie du « Consilium
Principis » de Titus (33).
Domitien choisit ses proconsuls parmi les anciens légats de légion,
habitués aux charges impériales. Il ne les recrute pas,
comme le faisait son père Vespasien, dans l’aristocratie
sénatoriale traditionnelle ce qui peut éclairer l’hostilité
d’une partie de cette classe à son encontre (3).
Ainsi, Aulus Bucius Lappius Maximus parvient-il
au gouvernement d’une province impériale consulaire, celle
de Pont-Bythinie, puis au consulat.
Proconsul de Pont-Bythinie
(83- 84) puis consul (86) :
Pline expose à Trajan les tenants d’une
vieille histoire, « l’affaire Archippus ». Dans son
courrier, il mentionne deux lettres de Domitien adressées aux
deux proconsuls successifs de Pont-Bythinie, la première à
Térence Maxime et la seconde à Lappius Maximus
:
« Flavius Archippus, philosophe,
a obtenu de moi qu'on lui achetât aux environs de Pruse, sa
patrie, une terre de six cent mille sesterces, avec le revenu de
laquelle il pût nourrir sa famille. Je vous ordonne de lui
faire payer cette somme, et de la porter en dépense dans
le compte de mes libéralités ». (Lettre
de Domitien à Térence Maxime, Pline, X, 66) (34).
« Je vous recommande Archippus,
philosophe, homme de bien, qui n'est point au-dessous de sa profession,
et qui soutiendrait même une plus grande élévation.
Accordez-lui, mon cher Maxime,
une entière bienveillance pour toutes les demandes raisonnables
qu'il pourra vous adresser ». (Pline, X, 66, Lettre de
Domitien à Lucius Lappius Maximus) (35).
Lappius aurait donc exercé
les fonctions de proconsul de Pont-Bythinie, dans les années
83-84, avant de devenir consul suffect, en septembre 86 (Fasti Ostienses,
Inscr. Ital., XIII, 1, pp .194-195).
Légat de Germanie inférieure
en 89 :
Nous le retrouvons, quelques années plus tard,
gouverneur de la Germanie inférieure quand son collègue,
Lucius Antonius Saturninus , légat
de Germanie supérieure, soulève les deux légions
de Mayence- la XIX Gemina et la XXI Rapax. L’insurrection
commence à la fin de l’année 88 ou dans les premiers
jours de janvier 89 (36).
Les choses vont très vite, Lappius Maximus
dispose de la I Minervia ( Bonne) et de la VI Victrix
(Novaesium). Il n’attend même pas les renforts
qui arrivent d’Espagne, ceux de Trajan et sa VIIe Gemina
, et de Rome, ceux de Domitien lui-même à la tête
de ses prétoriens. A la mi janvier, Lappius
écrase les troupes dissidentes à la jonction des deux
Germanies, entre Coblence et Bonn, sur la rive gauche du Rhin. Saturninus
meurt dans cet affrontement entre « rebelles » et «
loyalistes » (37).
[---]lliae / [---]appi Maximi, / bis co(n)s(ulis)/
confectoris / belli / Germanici (CIL, VI, 1347 = ILS, 1006=
VI, 37049, Rome, extra portam Flaminiam).
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« ---- Lappius Maximus, deux fois consul,
qui met fin (confectoris) aux guerres de Germanie »
|
Lappius et Norbanus, deux personnages
distincts ! :
Un épigramme de Martial (38)
fait allusion à ces événements et s’adresse
à Norbanus :
« Alors que, pieusement fidèle à
César, tu te tenais, Norbanus,
devant lui pour le défendre contre des fureurs sacrilèges,
moi, bien à l'abri, à l'ombre chère aux poètes,
moi profiteur notoire de ton amitié, je m'amusais à
écrire ces vers. Au pays des Vindélices on te racontait
que j'étais mort. Ainsi le Nord n'ignorait plus mon nom.
Oh ! que de fois, songeant à ton ancien ami, t'es-tu dit
: « C'est lui, c'est mon poète ! » Ces poésies
que le lecteur, pendant six ans, n'a offertes que par bribes à
ton oreille, l'auteur t'en offre aujourd'hui le recueil. »
(Martial, IX, LXXXV, A NORBANUS
) .
De même, un passage de l’Epitomé
de Caesaribus (39)
mentionne un Norbanus Appius :
« Les cruautés de Domitien, et surtout
le nom injurieux de prostituée, qu'il donnait à Antonius,
gouverneur de la haute Germanie, enflammèrent le courroux
de ce dernier, qui voulut usurper l'empire. Mais Norbanus<
et ?> Lappius (40)
le vainquit(rent ?), pour l'empereur, en bataille rangée;
et dès lors Domitien, redoublant de barbarie, se déchaînait,
comme les bêtes féroces, contre les hommes de toute
condition, sans même épargner les siens » ( Anonyme,
Epitome De Caesaribus, Domitien, XI, 9-10)
Sur la base de ces deux textes, Norbanus fut
longtemps confondu avec Lappius Maximus
et le nom du légat de Germanie inférieure devint Aulus
Bucius Lappius Norbanus Maximus.
Les deux personnages semblent pourtant bien différents (41),
d’un côté le légat Lappius Maximus
et de l’autre le procurateur de Rétie, Norbanus,
préfet du Prétoire au moment de l’assassinat de
Domitien (42).
Légat de Syrie (90-91)
Une inscription du Théâtre de Jerash (Gerasa,
Jordanie), rédigée en Grec dans une tabula ansata
(AE, 1973, 558) mentionne Lappius Maximus
« A la déesse Bonne Fortune. En l’an
153, ce théâtre fut consacré à l’Empereur
César, fils du Divin Vespasien, Domitien, Auguste, Germanicus,
Grand Pontife (Pontifex Maximus), Père de la Patrie
(Pater Patriae), sur l’ordre du légat Lappius
Maximus »
et nous donne la date de sa présence en Syrie
romaine puisque l’année 153 de l’ére de Pompée
commence à l’automne 90 et finit à l’automne
91.
Un diplôme militaire, daté du 12 mai 91, (Revue Archéologique
= AE., 1961, 319, pp 333-334) nous apporte une confirmation :
IMP • CAESAR • DIVI
• VESPASIANI• F• DOMITIANVS
AVGVSTVS• GERMANICVS• PONTIFEX •MAXIMVS
TRIBVNIC •POTESTAT• X• IMP• XXI•
COS• XV• CENSOR• PERPETVVS• PP
EQVITIBVS• QVI• MILITANT• IN• ALIS•
TRIBVS• III• THRA
CVM• AVGVSTA•ET• FLAVIA• PRAETORIA•
SINGVLARI
VM• ET• GALLORVM• ET• THRACVM• CONSTANTIVM
ET• PEDITIBVS• ET• EQUITIBVS• QVI•
IN• COHORTIBVS
SEPTEM• I• THRACVM• MILLIARIA• ET•
I• GAETVLO
RVM• ET• I• LVCENSIVM• ET• I•
SEBASTENA• ET• II
THRACVM• CIVIVM• ROMANORVM• ET• II THRA
CVM• SYRIACA• ET• II• ITALICA• CIVIVM•
ROMA
NORVM• QVAE• SVNT• IN• SYRIA• SVB•
BVCIO• LAPPIO
MAXIMO• QVI• QVINA• ET VICENA• PLVRAVE•
STI
PENDIA• MERVERVNT• ITEM• DIMISSIS• HONESTA
MISSIONE• EMERITIS• STIPENDIIS• QVORVM•
NOMI
NA• SVBSCRIPTA• SVNT• IPSIS• LIBERIS•
POSTERISQVE
EORVM• CIVITATEM•DEDIT• ET• CONVBIVM•
CVM• VXO
RIBVS• QVAS• TVNC• HABVISSENT• CVM•
EST• CIVI
TAS• IIS• DATA• AVT• SI• QVI•
CAELIBES• ESSENT• CVM• IIS
QUAS• POSTEA• DVXISSENT• DVMTAXAT• SINGVLI•
SIN
GVLA• S• A• D• IIII• IDVS•
MAIAS
P• VALERIO• MARINO• CN• MICINIO•
FAVSTINO• COS•
ALAE• III• THRACVM• AVGVSTAE• CVI•
PRAEST
M• TERENTIVS• M• F• POL• QVIRINALIS
GREGALI
QVELSE DOLAE • F • THRAC
DESCRIPTVM• ET• RECOGNITVM• EX• TABVLA•
AENEA
QVAE• FIXA• EST• ROMAE• IN• MVRO•
POST• TEMPLVM
DIVI• AVG• AD• MINERVAM
|
L’empereur César Domitien, fils
du divin Vespasien, Auguste, Vainqueur des Germains, Souverain
Pontife, investi de la puissance tribunitienne pour la Xe fois,
acclamé XXIe fois Imperator, Consul pour la XVe fois, Censeur
perpétuel, Père de la Patrie, aux
cavaliers et aux fantassins qui servent dans les
escadrons de cavalerie (Alis) et les cohortes suivantes…[suit
le nom des unités], se trouvant en Syrie, sous le commandement
de Bucius Lappius Maximus
qui :
- ont accompli leurs 25 stipendia
ou plus.
- reçu leur congé honorable,«
honesta missio ».
- et dont les noms sont écrits ci-dessous.
à eux mêmes
, à leurs enfants et à leurs descendants, a donné
la citoyenneté romaine et le droit
au mariage avec les épouses qu’il auraient au moment
où leur fut conférée la citoyenneté,
ou pour ceux qui auraient été célibataires
pour les épouses qu’ils prendront par la suite, à
condition que ce soit une femme pour un homme.
Fait le 12 mai 91, sous le consulat de P. Valerius Marinus
et de Cn. Micinius Faustinus.
Au troisième escadron des Thraces que commande M. Terentius
fils de Marcus de la tribu Pollia Quirinale.
Au simple soldat Quelsis Dola, fils de Thrac(?)
(probablement originaire de Thrace):
Transcrit et reconnu conforme à la table de bronze qui
a été placardée, à Rome, sur le mur
derrière le temple d’Auguste Divinisé et prés
de Minerve (prés de la statue de Minerve sûrement).
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La première puissance tribunitienne correspond
à l’accession de Domitien au trône, soit le 14 septembre
81, puis par la suite elle est renouvelée tous les ans à
la date anniversaire. La dixième puissance tribunitienne indique
donc la fin de l‘année 90 et le début de l’année
91. La mention S• A•
D• IIII• IDVS• MAIAS stipule
quatre jours avant (Ante) le jour (Diem) des ides
(idus = le 15 du mois) du mois de mai (Maia) soit
le 12 mai 91.
Deux fois consul (86 puis 95)
:
L’inscription que nous avons mentionnée
pour les Guerres de Germanie stipule bien un deuxième consulat
pour Lappius
[---]lliae / [---]appi Maximi, / bis
co(n)s(ulis)/ confectoris / belli / Germanici (CIL,
VI, 1347 = ILS, 1006= VI, 37049, Rome, extra portam
Flaminiam)
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qu’il obtient le 1 mai 95 (Fasti Ostienses).
Il faut choisir Nerva :
Lappius aurait exercé
une influence considérable sur les proches et sur les «
assassins » de Domitien. Il les aurait persuadés de nommer,
pour lui succéder, quelqu’un qui puisse être accepté
par tous : un fervent partisan des Flaviens, un homme déjà
âgé, amoindri par la maladie, sans enfant ni successeur
déclaré…Nerva représentait alors un choix
parfait (42).
Nous ne savons rien sur la fin de carrière de
Lappius Maximus (43)
R.C.
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