Legion VIII Augusta

SPQR: Senatus Populusque Romanus
Bienveunue sur le site de la LEGION VIII AUGUSTA

Article paru dans le n°2 de la revue "les Mondes Antiques"

Legio VIII Augusta®

Troupe de reconstitution historique

Nous sommes à la fin du Ier siècle de notre ère, sous les empereurs flaviens (69-96 après JC) ; les légions romaines veillent sur l’Empire.
La Legio VIII Augusta évoque la vie de légionnaires de cette époque sous forme pédagogique et ludique, mais avec un souci permanent de rigueur historique : équipements, campements et activités militaires, techniques de construction, vie des civils qui accompagnaient les légions…

Par la guerre et la séduction, Rome fit sienne la Méditerranée, le Nord de l’Afrique, l’Asie mineure et l’Europe jusqu’à la Baltique. Cette entreprise incroyable, tant par son extension géographique que par sa continuité historique, reposa sur la puissance des légions. Autour des feux de camps, au fil des siècles, se brassèrent cultures et religions, et se transformèrent les langues latine et grecque. Triomphe d’un peuple, d’une culture politique et militaire qui façonna une civilisation dont nous sommes les héritiers.

Vers l’archéologie vivante

La reconstitution vivante d’une légion romaine permet de découvrir les aspects méconnus de la vie plutôt rude des hommes qui la compose, engagés volontaires pour 25 ans. Chaque équipement, chaque objet du quotidien d’un légionnaire renaît à l’identique grâce à l’étude des textes des auteurs antiques, des stèles funéraires, des bas-reliefs, des mosaïques, des rares peintures. Mais ce sont surtout les découvertes archéologiques faites dans les sites de camps militaires, les tombes ou les dragages de rivières qui apportent des précisions nécessaires à la reconstitution des panoplies du légionnaire flavien.

Ainsi, l’histoire vivante s’applique à reconstituer lointain pour lequel les sources littéraires demeurent insuffisantes. Elle permet d’expérimenter les découvertes et les théories archéologiques, apportant ainsi à l’Histoire une contribution modeste mais non négligeable.

Les membres de la Legio VIII Augusta se sont efforcés d’apprendre les techniques qui leur permettent de réaliser des objets modestes ou plus importants, des caligae à la machine de guerre, de la lorica hamata (cotte de mailles) à la lorica segmentata (armure segmentée) . Les objets plus sophistiqués sont réalisés par des artisans spécialisés européens.

La lorica segmentata et côté droit le glaive

les caligae (à semelle cloutée)

le cingullum : ceinturon, marque distinctive du légionnaire en civil

 

 

le casque, ici un modèle inspiré des casques gaulois

 

 

Le légionnaire romain, meilleur soldat du monde antique

Les critères de recrutement mentionnés dans les textes classiques nous montrent de solides gaillards, d’une taille minimale de cinq pieds et dix pouces romains, soit 1,66 m (la taille moyenne de l’époque était de l’ordre 1,65 m). Ils bénéficiaient d’une très bonne condition physique grâce à un entraînement quotidien et de longues marches chargés de 40 kg de matériel (d’où leur surnom de « mules de Marius »).
Il est probable qu’ils jouissaient également d’un mental à toute épreuve, renforcé par la confiance dans leurs chefs , la force du groupe, la discipline et l’expérience des batailles.

quelques « gueules » de la Legio VIII augusta

l’optio, « adjoint » du centurion

légionnaires

le centurion, officier commandant une centaine d’hommes

La reconstitution de la vie de bivouac, les marches avec ou sans bagage, les manœuvres permettent de découvrir comment était porté et supporté cet équipement militaire, et les raisons de l’incroyable efficacité qui fit du légionnaire romain le meilleur soldat du monde pendant plusieurs siècles.


l’attaque du camp, par les gaulois de la troupe des Ambianis


Franchissement d’un gué par un légionnaire


un légionnaire en marche avec ses sarcinae

Une troupe « légère » de légionnaires, équipées de ses sarcinae, surprenait souvent ses ennemis par sa vitesse de déplacement. Les sarcinae étaient des sortes de baluchons comprenant affaires personnels et collectives ainsi que 18 jours de nourriture. Cette troupe était suivie par le convoi plus lourd de la légion, les impedimenta, constituées d’attelage d’environ 4 000 milles mules et bœufs, portant le gros matériel. La logistique de l’armée romaine est aussi une des clés de ses succès militaires aux confins d’un vaste empire.

Entraînement aux manœuvres et techniques de combat , le lot quotidien du légionnaire

Pour entrevoir les techniques militaires de l’armée romaine , des démonstrations de manœuvres permettent au public d’appréhender le maniement des armes du légionnaire et la dynamique des différentes formations de combat et mouvements tactiques. Les ordres pour les manœuvres sont donnés en latin : « in aciem » : en ordre de bataille , « ad testudinem » : former la tortue…

En l’absence d’écrits sur les ordres militaires du Ier siècle, ces derniers sont reconstitués à partir de témoignages plus anciens et sur la base d’un latin relativement « rustique ». En effet, beaucoup d’auxiliaires, de légionnaires, voire de gradés , n’étaient pas d’origine latine et souvent peu familiers de la langue de Virgile. Dans le bruit et le tumulte de la bataille, les ordres étaient sans doute retransmis par les enseignes (les signifer notamment) et les musiciens (probablement cornicen et tubicen) .


le contre de cavalerie (contra equites) destinée à briser une charge de cavalerie ennemie

la célèbre tortue, formation défensive , ici avec l’appui des troupes auxiliaires de Viaromana (bouclier vert)


la formation en coin (cuneus) : destinée à « percer » la défense ennemie

Un aperçu de l’efficacité au combat des légions romaines

Forte d’une quarantaine de membres, la Legio VIII Augusta impressionne par les mouvements de troupe et la coordination dans la tenue de la « 1ère ligne ». La vitesse et la force de l’impact lors des démonstrations de combat donne un aperçu de la puissance d’une légion romaine.

A l’époque flavienne, une légion comprenait 5 500 hommes, répartis en 10 cohortes. Il s’agissait d’une infanterie lourde combattant en lignes compactes Elle était appuyée par des troupes d’auxiliaires plus mobiles , et par une artillerie redoutable et meurtrière.

L'artillerie expérimentale de la Huitième légion Augusta :
interview d’E. Fourré (professeur de latin et doctorant en lettres anciennes – université de Caen- sous la direction du professeur Fleury)


le préfet d’artillerie et le scorpion (photo Mirou production)

« Imaginez 59 scorpions par légion tirant entre 6 et 10 coups à la minute et c'est ainsi 300 à 400 projectiles qui sont envoyés à 400 mètres de distance contre l'ennemi.… »

Le pôle Artillerie de la Huitième Legio Augusta présente deux scorpions de type Vitruvien à cadre en bois, l'un doté d'un affût fixe pour l'utilisation statique et l'autre équipé d'un affût mobile pour être utilisé de façon combinée avec l'infanterie. En 2006, une nouvelle machine, la Chirobaliste est venue renforcer la légion.

Ces machines qui équipaient les légions romaines sous les empereurs Titus et Domitien, ont été réalisées par G. Forget, L. Cabot et E. Fourré, avec le concours des élèves du Lycée professionnel de Chardeuil (prés de Périgueux) en Dordogne.

Chaque centurie possédait une de ces machines servie par un groupe de trois à quatre légionnaires spécialisés. L'ensemble du parc des pièces d'artillerie, constitué par les scorpions, les ballistes, les onagres, était commandé par le praefectus fabrum ou praefectus ballistarium.


La vie au camp

Les membres de la Legio VIII Augusta reconstituent également le camp temporaire d’une légion en marche. Ce dernier est délimité par des structures défensives : un fossé , un talus, une palissade de pieux (pila muralis), des pièges…Ces défenses permettent d’arrêter une charge ennemie et d’avoir le temps d’organiser la riposte et la défense du camp.

Lorsque le visiteur passe devant le campement installé par la Legio VIII Augusta il est saisi par l’animation qui y règne et la diversité de ses activités.
Ici un légionnaire moud l’épeautre à l’aide d’une meule en pierre ; là un autre s’en sert pour fabriquer le pain du légionnaire cuit à la braise ; alors qu’ailleurs un autre encore joue aux dés avec son camarade de conturbernium (tente où dorment huit légionnaires), pendant que des tirones (jeunes recrues) s’entraînent au maniement d’armes avec un vétéran.
La gouaille du cuisinier amuse les légionnaires , tandis que plane le fumet issu de la marmite dans laquelle bouillonne leur repas, souvent à base de céréales ou légumineuses, avec un peu de viande, le tout parfumé au garum , miel et autres épices orientales.

la vie de camp

le pain des légionnaires

la meule à grain


Les ingénieurs de la légion

Les camps étaient toujours construits selon le même plan, afin qu’à chaque installation, chacun retrouve aisément ses repères et sa tente. .
Le pôle ingénierie de la huitième légion Augusta montre le travail des agrimensores (géomètres) et la manipulation d’appareils de mesure et d’alignement (groma, chorobate...). Ces appareils servaient notamment à l’implantation des camps militaires, mais aussi à la construction de voies romaines, d’aqueducs, de bâtiments …

la dioptra : appareil de mesures des angles


Les civils

Les légions romaines étaient en général accompagnées par un cortège de civils : artisans, femmes et enfants de légionnaires, prostituées etc. Malgré l’interdiction de se marier durant leur engagement militaire, ils trouvaient fréquemment des compagnes qui s’installaient avec leurs enfants naturels aux abords du campement dans des canabae.

Le pôle civil de la Legio VIII Augusta présente un thermopolium , petite échoppe où l’on peut goûter quelques mets et épices romaines, voir un métier à tisser , et où l’on peut bénéficier d’explication pédagogiques des matrones sur la condition de la femme et des enfants romains.

Le métier à tisser

une matronne romaine dans son thermopolium

 

Interview de René Cubaynes, président et centurion de la Legio VIII Augusta

Quels sont les objectifs de votre association ?
Crée en 1998, la VIIIème légion Augusta est une association loi 1901, soutenue par le Conseil Général du Tarn, composée de membres bénévoles venus de toute la France et d’ horizons professionnels les plus divers (parmi lesquels des professeurs, des historiens, latinistes, archéologues…) . Notre vocation est avant tout pédagogique, par une approche vivante mais rigoureuse de l’histoire.
Désireux de transmettre notre expérience, nous allons au devant des jeunes gens en organisant des conférences dans les collèges et les lycées. L’attrait qu’exercent nos panoplies nous permet de diffuser des connaissances sur la société romaine et la culture latine (notre culture !). En leur présentant nos réalisations nous leur faisons partager notre goût pour la culture antique.

Soucieux de toucher un public plus large nous avons parcouru lors de nos démonstrations les quatre coins de la France, auprès des musées, sites archéologiques,.... Dans ces rencontres avec un public de toutes origines géographiques et sociales, la pertinence des questions qui nous sont posées, la demande d’exactitude historique, l’attrait pour la culture démontrent que nos contemporains sont bien plus cultivés que d’aucuns le disent.

Nous avons aussi rendu fréquemment visite à nos voisins européens. Lors de ces voyages, les rencontres, conviviales et festives, avec les meilleurs groupes étrangers nous permettent de progresser, soit que nous les suivions sur certains points, soit que nous nous en démarquions sur d’autres.

Nous participons parfois à des animations très médiatiques, où nous pouvons toucher un autre public : nous venons par exemple d’effectuer l’accueil des VIP au spectacle de Ben Hur de R. Hossein au stade de France.

Est-ce que vous recrutez de nouveaux légionnaires ?
Oui bien sûr et d’où qu’ils viennent en France pour peu qu’ils soient passionnés par ce que nous faisons ! Nous avons pour ambition de reconstituer une centurie (soit près de 80 hommes!).

Quels sont vos projets ?

Nous en avons beaucoup et les idées fusent dans notre groupe ! Nous souhaiterions partir tous ensemble avec armes et bagages en visite sur le mur d’Hadrien ou le Limes allemand (= frontière de l’Empire romain).

Mais le projet qui nous tiendrait sûrement le plus à cœur serait d’organiser une rencontre avec nos homologues anglais, irlandais et allemands qui eux aussi reconstituent la légion VIII Augusta. Nous aimerions les retrouver soit à Mirebeau- sur- Bèze près de Dijon à l’emplacement du camp romain où la Légion VIII a stationné plusieurs années, ou mieux encore à Strasbourg, qui portait le nom d’Argentorate lorsque la légion s’y est installée durablement pour fonder une ville stratégique. Le musée de Strasbourg renferme de nombreux témoignages de la légion VIII Augusta : stèles funéraires et autels aux dieux de légionnaires et d’officier , briques et tuiles estampillées de la « Leg VIII Augusta » , objets quotidiens de soldats…

Quel plaisir que d’imaginer un tel rassemblement avec une centaine de reconstituteurs de la légion VIII Augusta travaillant dans le même esprit et parlant dans un latin approximatif !

 

 

La véritable histoire de la VIII légion Augusta

Les textes anciens, les épigraphies sur les stèles et les découvertes archéologiques dans les camps où la huitième légion a séjourné, nous renseigne sur sa véritable histoire.

La huitième légion Augusta a été créée par Jules César et s’est illustrée durant la guerre des gaules entre 58 et 51 avant J.C. Elle y a gagnée l’estime de tous et le titre de Legio VIII Gallica. C’était une des légions préférée de César. Photo 24 : Le taureau est le symbole des légions créée par César.

Durant les guerres civiles romaines (49-31 avant JC) , la légion VIII, fidèle à César, s’illustre encore durant les guerres contre les armées de Pompée, an Afrique et en Espagne. Après l’assassinat de César, les vétérans de la VII, remobilisés, s’illustrent de nouveau au côté d’Octave, neveu de césar, qui devint l’empereur Auguste.
La période des Guerres civiles achevée, un voile tombe sur l’histoire de la VIII, devenue Legio VIII Augusta par la grâce d’Auguste . Nous la retrouvons, avec Tibère, bien loin de ses anciens théâtres d’opération.

La légion VIII Augusta s’est ainsi retrouvée au côté de Tibère, pour la défense des frontières de l’empire, suite à la révolte des Balkans (6-9 après JC). En 14 après JC , à la mort d’Auguste, plusieurs légions, dont la VIII, se mutinent en Pannonie pour faire entendre leurs revendications ; la révolte se termine toutefois dans le calme.

Trente ans plus tard, de 44 à 62 après JC, on retrouve la trace de la légion VIII dans les guerres du Bosphore contre le roi Mithridate. En 60, Néron désigne un nouveau légat de Mésie, Plautus Silvanus. Ce dernier doit très vite combattre Sarmates et Scythes pour maintenir les limites de l’empire en Mésie et Crimée, au bord de la mer Noire. C’est dans ces combats, que la huitième légion gagne le titre honorifique de Bis Augusta.

En 68, la rébellion de Vindex et la mort de Néron inaugurent une période de guerres civiles pendant laquelle, successivement, plusieurs prétendants se disputent l’Empire. La legio VIII est appelée à jouer un rôle politique et à participer, de manière active, à l’élévation d’un nouvel empereur (Vespasien) lors des convulsions qui marquent l’empire avec la disparition de la dynastie julio-claudienne.
Entre 69 et 96, durant la dynastie flavienne (Vespasien, puis Titus et Domitien), toute une succession d’évènements amène alors la Legio VIII Augusta à quitter son camp de Novae en Mésie, pour s’installer au camp de Mirebeau-sur-Bèze, au nord-est de Dijon, puis à Argentorate, l’actuelle Strasbourg , où elle restera stationnée ensuite plus de III siècle.

Gilles Habasque

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